Pour afficher un article, cliquez sur son titre dans le tableau ci-dessous
:
Tous ces
articles sont © Alain
Si vous venez d’ailleurs, cliquez pour aller sur la page d’accueil. Sinon fermez cette fenêtre
|
Un roman (1961) de
Stanislaw Lem Un film (1972)
d’Andrei Tarkovski Un
autre film (2002) de Steven Soderbergh Solaris est un roman de Stanislas
Lem, auteur de science-fiction polonais, et un film d’Andrei Tarkovski,
réalisateur soviétique (mort en 1986, hélas). Ces deux
œuvres ont été offertes au public en dehors de toutes les règles
cinématographiques et littéraires hollywoodiennes. Encore que Lem
ait toujours écrit dans le but de se faire publier en « occident »
comme on disait à l’époque là-bas, et il y réussit parfaitement,
notamment avec sa série des Ijon Tichy, courts récits satiriques.
Avant d’en venir à Solaris, je voudrais manifester mon énorme
admiration pour un des plus géniaux roman de SF de tous les temps, un roman
de Lem justement : Mémoires trouvées dans une baignoire (1961).
Sans faire d’autopublicité, je rends hommage à ce texte dans une de mes
nouvelles intitulée Manuscrit trouvé dans une baignoire de l’hôtel
Rossia à Moscou (tout un programme). Et admiration sans bornes aussi pour
un autre film SF de Tarkovski, Stalker, tiré d’un roman des deux
frères Strougaski (des Soviétiques ceux-là). Ce roman s’appelait à l’origine : Pique
nique au bord du chemin (1972). Ces écrivains de l’Est sont géniaux,
tellement géniaux qu’ils ont réussi à survivre en tant qu’artiste
dans une société qui ne les aimait guère. (L’un des deux frères
Strougaski est mort il y a quelque temps…) J’ai
tellement été fasciné par le roman de Lem et le film de Tarkovski que je suis
impatient de voir ce qu’en a fait le réalisateur Steven Soderbergh,
film qui doit sortir en janvier 2003.[1] Solaris est
le nom d’une planète constituée uniquement d’un océan. Au fur et
à mesure de sa prospection, on finit par déduire que cet « océan »
est un gigantesque organisme unique intelligent. Lorsque Solaris fut
découverte « La théorie de Gamow-Shapley affirmant que la vie é tait
impossible, sur les planètes satellites de deux corps solaires » fut
démentie dans les faits : Solaris était capable de réguler son orbite
autour de ses deux soleils ! Et le problème se posa donc de communiquer
avec cet extraterrestre ; mais « comment voulez-vous communiquer
avec l’océan alors que vous-mêmes n’arrivez plus à vous
comprendre ? », questionne un scientifique. Et l’on
retrouve le dialogue suivant aussi bien dans le film que dans le livre :
« Dans cette situation, sont impuissants aussi bien la médiocrité que
le génie. » Lem fait de
Solaris son personnage principal. L’auteur est un scientifique de haut
niveau, à la fois de par sa formation initiale mais aussi en autodidacte.
C’est la raison pour laquelle, en plus talent, les réflexions
scientifiques sur Solaris sont passionnantes dans le livre. Dans les
films « Alien », l’extraterrestre pond des œufs dans
notre corps pour se reproduire. Dans Solaris, l’extraterrestre
entre dans notre esprit pour y trouver la culpabilité et la matérialise.
C’est encore plus horrible ! Le roman vous prend dès le départ par
les questions que se pose le visiteur de la station qui plane au-dessus de
Solaris. Un vrai suspens à la Hitchcock. Tarkovski ne joue pas sur ce
registre dans son film ; il prend
son temps, (le film dure deux heures trente !) comme à son habitude et
traite l’image, utilise les mouvements de la caméra pour déclencher
chez le spectateur une réflexion sur la psychologie des personnages. La situation
devient compliquée, car les créatures de Solaris souffrent de leur
inhumanité, et cherchent à devenir humaines… Cela ne vous dit rien ? Blade
Runner, bien sûr ! On voit là encore que Dick n’avait rien
inventé… Car, comme le dit Kelvin, le psychologue, à sa
« créature » : « Tu m’es plus chère que toutes
les vérités scientifiques ». Cette
histoire est très complexe, d’une complexité que j’adore. La
manière de filmer de Tarkovski est bien adaptée à cette complexité. Il faut
un effort intellectuel pour regarder le film. L’image de fin vous
offrira bien plus qu’une récompense de votre effort ; à condition
d’avoir vu le film avant. Quand on
sait que Lem ne laissait rien au hasard, on sourit au nom de Kelvin attribué
à son personnage principal. Sir Williams Thomson, lord Kelvin (1824-1907),
était un grand scientifique dont les études géophysiques sur les marées terrestres
sont restées fondamentales. (C’est de lui que vient le degré
Kelvin, dont le 0 °K est le zéro absolu). Voilà de la science-fiction !
[1] Cet article a été rédigé le 2 novembre 2002 pour le
magazine Sfmag, voir dans la rubrique critiques de films mon opinion sur ce
film. |
Philip K. Dick et la schizophrénieUn auteur prétend avoir vu
Dieu, mais ne peut expliquer ce
qu’il a vu.[2] Dick a habité
longtemps à Berkeley dans la région de San Francisco. Berkeley avait la
réputation d’une ville “rouge”, dans le sens politique du
terme. Il est curieux de faire le rapprochement avec un philosophe du 18ème
siècle, l’évêque Berkeley justement et qui avait rédigé un texte paru
en 1710 dans lequel il affirmait que la réalité n’existe pas, seuls
nous existons nous les humains à travers l’idée que nous nous faisons
de cette réalité. Cet évêque est fort connu, justement, par les militants
communistes qui ont lu le livre de Lénine “Matérialisme et
empiriocriticisme” publié aux éditions de Moscou, livre philosophique
dans lequel le révolutionnaire utilise les arguments de l’évêque
Berkeley pour mieux les contrer. Ne croirait-on pas se trouver dans un de ces
livres de Dick où la réalité dépasse la fiction ? Dans En
attendant l’année dernière, une machine-taxi déclare :
“La vie se compose de configurations de réalité[3] ainsi
configurées”. Voilà donc une prise de parti philosophique exprimée par
une machine, mais chez Dick, on confond souvent la machine et l’homme.
Cette prise de parti n’est pas nouvelle car, en dehors de
l’évêque Berkeley, elle fut exprimée par de grands philosophes comme
Kant ou Hegel. Parano et
de bonnes raisons de l’être ! Nous ne
savons pas encore si Dick était schizophrène, car, si nous disions que le
fait de croire que la réalité n’existe pas ou qu’il en existe
plusieurs implique la schizophrénie, nous devrions en conclure que Kant ou
Hegel l’étaient. Par contre,
Dick avait de très bonnes raisons d’être paranoïaque, comme tous ceux
qui le sont. Et n’oublions pas que la paranoïa n’existe pas sans
la culpabilité... Dick perd sa
sœur jumelle Jane[4] lorsqu’il était
tout bébé. Ses parents se séparent alors qu’il était encore tout petit.
Sa tante était schizophrène et sa mère Dorothy n’était pas bien nette
pour avoir laissé mourir la sœur jumelle de l’écrivain. Son père
le terrifia un jour en mettant son casque lourd et son masque à gaz
qu’il avait conservés depuis la première guerre mondiale à laquelle il
avait participé. Sans doute cette anecdote a-t-elle inspiré à Phil sa
nouvelle Le père truqué. A l’âge
adulte Dick a épousé une gauchiste, Klea. Celle-ci ayant été repérée par le
FBI, le couple recevait régulièrement la visite de deux de ses agents qui
leur faisait remplir des questionnaires. D’autre part, alors que ses
revenus étaient très faibles, il subit un contrôle fiscal ! Etait-il dû
au fait qu’il avait signé une pétition appelant à refuser de payer les
impôts en signe de protestation contre la guerre du Vietnam ? L’écrivain,
qui décida très tôt de consacrer uniquement son temps à l’écriture,
connut les psychiatres tout enfant. Il en avait une telle pratique
qu’il se vantait de rouler dasn la farine n’importe lequel
d’entre eux. Après Klea, il
épousa Anne, à qui il fit quatre enfants et qui se fit avorter du cinquième
sans l’accord du papa. Ce dernier finit par faire enfermer sa femme
pour schizophrénie, ce qui est le comble de la réussite pour un paranoïaque,
mais qui aggrava sa santé mentale par le développement d’une profonde
et durable culpabilité . Médicaments
et drogues Dick prenait
beaucoup de médicaments, toujours pour faciliter son existence (comme tout le
monde d’ailleurs...) Comme ses oeuvres rapportaient peu, il devait écrire
beaucoup et prenait donc des amphétamines à hautes doses ce qui produisait
une profonde anxiété qu’il soignait avec des tranquillisant. Il se
procurait ses médicaments auprès de dealers dans la rue. Il eut un passage de
consommation de drogues dures après le départ de sa deuxième femme Anne. Mais
jamais il n’en a fait un manifeste littéraire. Le monde
existe-t-il ? Le
schizophrène (le vrai ?) ne se pose jamais cette question. Comme le dit
Dick dans Glissement de temps sur Mars : “Un schizophrène a
accès au futur car plongé dans un éternel présent.” Dans la mesure où
Dick se la pose il n’est pas schizophrène. D’ailleurs
n’est-il pas légitime de se poser la question de savoir si le monde est
bien tel que nos sens nous le transmettent ? En effet, si nous en
restions à ce que nous disent nos sens, sans se poser aucune question, nous
croirions toujours que la Lune est un disque plat, de même que la Terre, nous
ignorerions l’existence du monde microscopique et de l’infiniment
petit, nous ignorerions même l’existence de l’air ! etc. Tout
simplement, Dick faisait partie de ces gens “qui cherchent une
signification à ce qui n’en a peut-être pas, une réponse à ce
qu’il est déjà hasardeux de considérer comme une question.”[5] Comme il ne trouvait
pratiquement aucune réponse à ses questions malgré sa grande culture, il en
vint à utiliser le Yi-King, livre des transformations chinois, jeu
“philosophique” qu’il utilisa pour progresser dans
l’intrigue lorsqu’il écrivit “Le Maître du Haut
château”, puis, plus tard... la religion. Schizophrène
ou schizoïde ? Le grand
psychanalyste Jacques Lacan avait une définition bien à lui de la
schizophrénie, définition que n’aurait pas reniée Phil
Dick : “(pour le schizophrène) tout le symbolique est
réel” Ainsi dans La transmigration de Timothy Archer, Phil
raconte un dialogue entre un évêque (certainement l’évêque Pike que
Dick a bien connu) et un schizophrène. Constamment l’évêque tente de
ramener la conversation à l’abstrait (conversation qui porte sur
l’automobile) et constamment le schizo la ramène à une automobile
concrète. Pour ce dernier l’abstraction n’existe pas. Comme le souligne Phil lui-même :
“Rien n’existe en général ! Il n’existe que des choses
particulières...” Voilà qui aurait plu à Marx lui-même qui expliquait
dans La Sainte famille que la “construction spéculative”
(il veut parler ici de la philosophie de Hegel) explique que le monde réel
est créé à partir du “Mystère” de “l’idée”...
etc. Et ça c’est du Dick, comme il l’écrit dans sa meilleure
nouvelle La Fourmi électronique : “La réalité objective est
une construction de synthèse, qui part d’une généralisation
hypothétique fondée sur une multitude de réalités subjectives”. Ou dans
son discours de Metz : “L’écrivain n’a pas inventé la
chose (NDLA : l’idée), mais au contraire, elle l’a inventé
lui.” Manifestement,
notre Maître était schizoïde et ne s’en cachait d’ailleurs pas,
puisqu’il avait écrit dans une œuvre jamais publiée :
“En fin de compte, il n’est pas vraiment schizophrène, mais pour
ainsi dire à moitié schizophrène : à demi scindé. Son œuvre
le rattache encore à la réalité.”[6] Eh oui ! Seule son
œuvre a empêché Dick de sombrer dans la schizophrénie. Une
œuvre schizophrène Car, il a
transféré sa schizophrénie dans son œuvre. Comme il a pu la transférer à
sa femme Anne. Ainsi, l’a-t-il lui-même en quelque sorte avoué au
psychiatre de l’hôpital où sa femme a été hospitalisée : “M.
Dick estime que des deux époux, c’est lui le malade mental, et
qu’il faudrait l’hospitaliser car il est peut-être schizophrène.[7] ”Le Dieu venu du Centaure est bien qualifié par
son auteur lui-même de “grand roman de l’acide”... Mais
quand il l’avait écrit, il n’en avait jamais pris ! Or,
comme certains psychiatres l’avaient affirmé, le LSD25 permet de savoir
de l’intérieur ce qu’était la folie, qu’il est le
“simulateur de schizophrénie”. Dick ne manqua pas de
l’essayer sur lui-même ce qui ne lui fit pas que du bien. La créature
proprement schizoïde dans son œuvre est bien l’androïde. Il dit
lui-même que la personnalité androïde est une personnalité schizoïde. Il
définit son roman Blade runner[8]
comme un “traité de théologie cybernétique”. Dans La
fourmi électronique, l’androïde (qui apprend qu’il
l’est suite à un accident), essaie de rompre avec la réalité en
trafiquant son “ruban de réalité”. A la fin de l’histoire,
le lecteur de la nouvelle comprend que ce n’est pas l’androïde
qui rompt avec la réalité mais la réalité elle-même qui disparaît !
Lorsqu’il ne put plus utiliser sa femme comme réceptacle de sa
schizophrénie latente, lorsque son œuvre commença à se tarir, et ne joua
plus ce rôle, il trouva un autre moyen de transfert de sa folie : la
religion. Dans sa préface de Au Bout du labyrinthe il explique
qu’il a inventé dans ce livre une nouvelle théologie. Il finit même par
se prendre pour un prophète et attribua une origine divine aux rafales
d’informations qui mitraillaient son cerveau depuis 1974.[9] L’œuvre
de Philip Kindred Dick, n’est pas l’œuvre d’un
schizophrène, mais c’est une œuvre schizophrène qui a permit à son
auteur de ne jamais vraiment le devenir... Phil Dick
n’a jamais voulu se laisser aller à être comme le commun des mortels.
Il a cherché tous les moyens de connaître le monde. Mais sa paranoïa le
conduisait à lui rendre ce monde invivable et à le refuser... C’est
aussi la souffrance de ce refus qu’exprime son œuvre. Confessions d’un
barjo. Et les romans mainstream
de Dick… Le seul film
français qui a adapté une œuvre de Dick, l’a fait à partir
d’un roman mainstream (comme on dit là-bas, ou un roman de littérature
générale, comme certains disent ici…) Disons tout
de suite que chez Dick, la différence est minime, voire inexistante. Ainsi,
voici ce qu’il écrivait concernant la « différence » entre le
fantastique et la SF : Le fantastique implique des chose généralement
considérées comme impossibles, et la science-fiction des chose généralement
considérées comme possibles sous certaines conditions. Autant dire qu’à
la base, la différence est purement subjective.[10]
Dans sa lettre à John Betancourt (14 mai 1981) il dit même
carrément : Et maintenant, comment distinguer la science-fiction du
fantastique ? C’est impossible (…) Voir également plus
bas dans cette article l’appréciation de Dick sur ses romans mainstream,
qu’il qualifie de surréalistes ! Chez Dick toutes ces
considérations de classification sont vaines. Dans son essai « Comment
construire un univers qui ne s’effondre pas deux jours plus
tard », Dick explique comment les personnages et les événements de son
roman « Coulez mes larmes dit le policier » se sont avérés exister
réellement. L’auteur y retrouve même à posteriori des passages de la
bible qu’il n’avait jamais lus ! Il est extrêmement complexe
et certainement fastidieux d’essayer de résumer ce que dit Dick de ce
phénomène. Voici ce qu’il utilise de chez Héraclite, en guise
d’explication : La structure latente domine la structure
évidente.[11] Des œuvres largement
méconnues
Le seul
problème qu’il a rencontré fut que les éditeurs refusèrent longtemps de
publier ces œuvres mainstream, car eux faisaient la différence.
Ainsi l’écrivain put vivre de sa plume uniquement grâce à ses écrits de
SF. Pourtant, il fut aussi productif dans les deux genres. De 1952 à 1958 il
écrivit huit romans réalistes : « Voices from the street (1952-53), Mary and the giant (1953-55,
paru aux USA en 1987 ( !) et en France en 1994 sous le titre
“Pacific park”), A time for George Travos (1955, perdu), Pilgrim
of the Hill (1956, perdu), The broken bubble of Thisbe hotel (1956, paru aux
USA en 1987 sous le tire “The broken bubble” et en 1993 en France
sous le titre “La bulle cassée”), Puttering about in A small land
(1957, paru aux USA en 1985 et en France en 1993 sous le titre “Mon
royaume pour un mouchoir”), Nicholas and the Higs (1957, perdu) et In
Milton Lumky territory (1958, paru aux USA en 1985 et en France en 1993 sous
le titre Aux pays de Milton Lumky). [12] Ouf !
Cela en fait non ? Avez-vous noté
que parmi ces huit œuvres, trois sont PERDUES !!! et une n’a
pas encore été publiée ? Et toutes celles qui ont été publiées
l’ont été après la mort de l’écrivain. Les sources proviennent de
Paul Williams, l’exécuteur testamentaires littéraire de Dick qui a
classé ses œuvres en fonction de leur date de réception à l’Agence
littéraire Scott Meredith. On a donc accès à la fiche résumé de ces
œuvres et la note donnée par l’agence, même quand ces œuvres
ont été perdues. Il faut
savoir également qu’en 1974, Dick se sentant mourrant, fit don de ses
manuscrits à la bibliothèque universitaire de Fullerton en Californie. Et
voici ce qu’écrit Marcel Thaon dans le « Livre d’or de la
SF » consacré à Dick : (…) la bibliothèque est gardée par
des êtres étranges qui pensent que les livres sont faits pour rester cachés à
la vue du public, le regard usant le papier. Et
de citer deux autres titres de Dick : « The man whoseteeth were all
alike – Gather yourselves together » Confessions d’un
barjo
Revenons donc
à « Confessions d’un barjo ». Dick était le
frère jumeau de Jane, sa sœur morte peu après sa naissance. On sait que
chez les jumeaux, l’un d’eux est toujours « écrasé »
par l’autre au sein de la maman. Ce fut le cas de Jane et Philip en fut
toujours culpabilisé. Ce roman met
donc en scène un jumeau avec sa sœur… Il a été
refusé par l’éditeur Harcourt Brace. Pourtant Lawrence Sutin le juge
comme meilleur roman hors genre que Dick ait jamais écrit (..)[13]
L’éditeur Knopf l’aurait édité à condition que Dick le récrive.
Ce qu’il refusa de faire. Non pas que je refuse, mais j’en
suis tout bonnement incapable. Ecrivit Dick dans une lettre à sa troisème
femme Anne. C’est Entwhistle Books qui le publia en 1975. Permettez-moi
de citer encore Lawrence Sutin : « Confessions » est le
premier roman de Dick à appliquer dans toute sa démesure le principe des
points de vue narratifs multiples. Lui-même avait défini devant Anne ses
œuvres réalistes antérieures comme « confinant au
surréalisme. » Ce roman est
très biographique. D’ailleurs Dick a fait des annotations dans ce sens
sur l’exemplaire qu’il a dédicacé à Chris Arena. Et voici
comment le dictionnaire « Ciné guide 20 000 » résume le film :
Un « barjo » provoque des catastrophes en chaîne dans le ménage
de sa sœur jumelle. Est-il besoin d’en dire plus, une fois le
contexte éclairé ? Quelques
romans à découvrir ou impossible de le faire[14] Au pays de Milton Lumky
UGE 10/18
1992. Terriblement
noir. Un vrai polar dans lequel trois personnages essaient de savoir qui ils
sont. Ils
échoueront. Bulle cassée
UGE 10/18
19993 Éternels
problèmes de couples. Les êtres humains sont imparfaits physiquement et
mentalement. Donc, il y a des problèmes. Dick : J’y
prends le parti des individus les plus malheureux, les plus vulnérables et
les plus faibles de la société : les adolescents. Mon royaume pour un
mouchoir
UGE 10/18
1993. Pacifik park
UGE 10/18
1994 Un roman
grevé de défauts mais qui reste fascinant. Un personnage féminin qui lutte pour sa
dignité malgré les violences subies. Au tour de George Stravos
Un roman
perdu. Mais une lectrice (J.B.) de l’agence littéraire en a rédigé un
synopsis : Ça ne me
plaisait pas la première fois, et ça ne me plaît toujours pas. Roman
interminable, morne et plein de digressions contant l’histoire
d’un immigrant grec de soixante-cinq ans doté d’un fils poule
mouillée et d’un autre qui lui est indifférent, plus une épouse qui ne
l’aime pas (elle le trompe d’ailleurs). Voici ce
qu’en dit Dick lui-même : Il n’existe pas de mauvais tour
que les méchants puissent jouer aux bons et qui ait un jour une chance de
réussir ; les bons sont protégés par Dieu, ou au moins par leur vertu. (1960) L’homme dont les
dents étaient toutes exactement semblables
Joëlle
Losfeld 2000. L’histoire
de deux couples malheureux en mariage. (Dick en sait quelque chose). L’auteur
était d’accord sur la nécessité de remanier ce texte publié en France
en 1989. Humpy dumpy à Oakland
Joëlle
Losfeld 2001. Dick : (ce
livre) visite le prolétariat de l’intérieur. La plupart des romans
traitant de ce sujet sont en réalité écrits par des représentants de la
classe moyenne. La fille aux cheveux noirs
Gallimard
Folio/sf 2002 Un recueil
des textes de Dick qui mettent en scène la fameuse fille aux cheveux noirs
que l’on retrouve partout dans son œuvre. 2 Citation de Dick dans son fameux discours de Metz : Si vous trouvez ce monde mauvais vous devriez en voir quelques autres.(1977) 3 Il faut bien noter que réalité est au singulier... 4 D’où la personnalité scindée dont Dick s’affuble lui-même. 5 Je suis vivant et vous êtes mort. Emmanuel Carrère – Le seuil Points. Page 55. Une biographie pas très obligeante pour l’écrivain… 6 Fawn, Look Back, œuvre inachevée 1980 citée par Lawrence Sutin dans sa biographie de Dick Invasions divines .(Folio/SF) 7 Recueilli dans le dossier médical d’Anne Dick avec son autorisation. 8 Le titre d’origine est Les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? 9 Cité dans Je suis vivant et vous êtes morts. 10 Cité par Lawrence Sutin dans sa bio de Dick publiée en France sous le titre « Invasions divines » chez Folio/SF page 181. 11 Suivi de la deuxième phrase non citée par Dick : Mais c’est l’opinion qui règne partout. Voir également dans ce numéro de Sfmag mon article sur Dick et la schizophrénie. 12 Idem. 13 Idem page 243. 14 Toujours à partir du formidable livre de Lawrence Sutin « Invasions divines » publié chez Folio/sf et à lire absolument.
|
|
Marie Céleste bateau maudit Oui, les vaisseaux fantômes ont existé. On en trouve les preuves dans « le livre des navires perdus »… Ce livre (un vrai livre en
« chair et en os » si je puis dire…) est celui qui est tenu
par la Lloyd’s, célèbre compagnie d’assurance créée par Edward Lloyd, qui n’était pas du tout un grand
capitaliste, mais un simple tenancier de Pub situé Tower Street à Londres.
L’aventure commença en 1688. Ce type est devenu petit à petit, par
passion de la mer et des marins, l’informateur et l’entremetteur
officiel à propos des navires perdus. Et il ouvre ce fameux livre et engage
même un clerc pour le tenir. Cet homme fut donc le premier à avoir eu
l’idée de recenser les accidents et les drames de la navigation. Et il
finit par créer cette célèbre institution qui existe toujours. Il meurt en
1713. C’est donc dans ce
livre que l’on prend connaissance des aventures de la Marie Céleste. Ce brick-goélette de
282,28 tonneaux, de 31 mètres de long, fut dès le départ un bateau maudit. Un
de ces bateaux qui sont, disent les marins, conduits par le capitaine Davy
Jones, nom dont le diable était affublé par les gens de la mer. D’abord
elle s’appela L’Amazone. Suite à de nombreux accidents,
elle finit par échouer sur l’île du Cap-Breton, fut renflouée et
rebaptisé « Marie Céleste », en essayant ainsi de conjurer le
mauvais sort. Mais le Diable veillait et les malheurs continuaient. Tout commença par une
engueulade entre Briggs, le capitaine de la Céleste et son second
Hullock. L’harmonium de la femme du cap’tain l’avait
écrasée lors d’un roulis particulièrement violent et Briggs accusait
son second… La démence de Briggs fut contagieuse, et un tribunal
s’improvisa. Ils condamnèrent… l’harmonium à mort et le
jetèrent à la mer. Le lendemain il arrive ce que craignent tous les
marins : le vaisseau heurta une épave ! L’avarie fut minime et personne
n’eut besoin de s’introduire dans les restes, ce qui évita
d’y découvrir bien des horreurs qu’on découvre habituellement
dans ce genre d’objet maritime. A partir de ce moment, le capitaine
Briggs disparut avec sa fille (une enfant…) Un dénommé Venholt
accusa Hullochk et ce dernier le jeta à la mer ! Ensuite ils ratèrent
leur rendez-vous avec Deo Gracias
qu’ils croisèrent le 4 décembre 1872, quelques jours plus tard. Un
navire sans capitaine vaut de l’or pour celui qui le
« recueille ». Ce que fit Moorehouse, l’ami de Briggs.
Constat d’abandon, car les seuls hommes d’équipage restant
étaient ceux prêtés par Moorehouse… et ce dernier pris possession du
brick. Il toucha l’assurance (ce qui explique que les détails de
l’affaire soient retranscrits dans le fameux livre…) Le 3 janvier 1885 la Marie
Céleste entra dans le golfe de Gonave à Haïti. La capitaine Parker
choisit le mauvais chenal et emmena volontairement le brick à s’empaler
dans le récif de corail nommé banc du Rochelois. Puis, il fit arroser
le navire échoué avec du pétrole et on y mit le feu. Voilà comment les capitaines courageux et
superstitieux terminaient la carrière d’un bateau maudit ! La
capitaine fut condamné, un des marins devint fou et un membre de la compagnie
se suicida… Vous pouvez encore aller
plonger sur le banc du Rochelois vous y verrez les restes calcinés de
la Marie Céleste… Lovecraft et la nature Lovecraft
s’est mis lui-même en scène avec son personnage d’Herbert West, le
réanimateur de cadavre. Dans cette œuvre, il affiche donc ses
convictions philosophiques : “ West était matérialiste. Il ne
croyait pas à l’existence de l’âme et attribuait tous les effets
de la conscience à des phénomènes physiques. ” La nature
joue un rôle important dans l’œuvre de Lovecraft. Elle annonce une
présence maléfique quand elle prend une forme inhabituelle de dégénérescence,
ou même terrifiante. C’est le cas dans la nouvelle “ La
Couleur tombée du ciel ”. Cette histoire est particulièrement
moderne puisqu’elle raconte une pollution abominable d’un puits
par une entité extraterrestre. Ce thème a été ensuite beaucoup utilisé par
les scénaristes de films de terreur, notamment un sketch de
“ Creepshow ” dans lequel Stephen King joue le rôle d’un pauvre paysan contaminé
par une météorite tombée du ciel. “ A
l’ouest d’Arkham s’érigent des collines farouches, séparées
par des vallées plantées de bois profonds dans lesquels nulle hache n’a
jamais pratiqué de trouée. ” Voilà la
nature sauvage décrite par Lovecraft.**
Cette nature est menacée — et là encore, cette menace représente à
notre époque une curieuse actualité : “ ... La moitié des
vallées aura été inondée pour constituer le nouveau réservoir (...) la lande
foudroyée sommeillera sous les eaux profondes. ” Cette idée
d’une entité qui “ sommeille ” dans des
profondeurs aquatiques est très chère à Lovecraft... Une lueur est
donc tombée dans le puits de fermiers. Cette lueur a d’abord un effet
bénéfique : elle donne aux plantes une vigueur particulière et elles
produisent de magnifiques fruits. Mais... “ Dans l’exquise
saveur des pommes et des poires s’était insinué une répugnante amertume
(...) : ... la météorite avait empoisonné le sol. ” La
“ transformation ” terrifiante des créations de la
nature a commencé : “ ... Des empreintes habituelles
d’écureuils, de lapins blancs et de renards ; toutefois, le
fermier jura qu’il y avait quelque chose d’anormal dans leur
dimension et leur disposition... ”, jusqu’à l’horreur
dans toute sa splendeur : “ Ce fut la végétation qui les
épouvanta. Tous les arbres du verger se couvrirent de fleurs aux teintes
bizarres (...) ” Attention, ne
croyez pas que ces transformations sont dues à des
“ entités ” divines ou diaboliques. Pas du tout.
Lovecraft est matérialiste à fond, c’est cela d’ailleurs qui rend
ses nouvelles terrifiantes, car on pourrait presque y croire. Dans
“ La Maison de la sorcière ”, il explique :
“ ... L’existence possible de courbures capricieuses de
l’espace et (...) des points de contact théoriques entre notre partie
du cosmos et diverses régions transgalactiques ou extérieures au continu
espace-temps d’Einstein. ”
C’est dans ce court roman qu’il met en scène une créature,
un monstre de la nature : “ Cette créature de la taille
d’un gros rat, baptisée “Brown Jenkin” par les gens de la
ville, semblait être le fruit d’un cas remarquable
d’hallucination collective... ” Mais pourtant, il existe, il
existe ! Les
engoulevents annoncent toujours qu’il va se passer quelque chose de
terrible : “ ... Les indigènes (Lovecraft appelle toujours
ainsi les habitants de la région... ) ont une peur effroyable des
nombreux engoulevents qui donnent de la voix au cours des nuits chaudes. A
les en croire, ces oiseaux sont des psychopompes qui guettent les âmes des
agonisants et rythment leurs cris étranges sur le souffle haletant des
malades prêts à trépasser. S’ils parviennent à saisir l’âme au
moment où elle quitte le corps, ils s’envolent sans plus tarder en
poussant des ricanements démoniaques. ” Notons au passage
qu’ici l’âme existe, et qu’elle quitte le corps. Mais cette
séparation de l’âme et du corps est rare chez Lovecraft. A la lecture
de cet extrait, on voit bien de qui Stephen King a tiré son nuage d’oiseaux dans
“ La Part des ténèbres ”... Plus loin, toujours dans
“ L’abomination de Dunwich ” dont la précédente
citation était extraite : “ ... Une légion innombrable
d’engoulevents qui criaient leur interminable message sur un rythme
diaboliquement synchronisé avec la respiration de
l’agonisant. ” Les
“ animaux ” les plus terrifiants restent, chez
Lovecraft, les “ Grands Anciens ”. Ce ne sont pas des
dieux, non ! mais des créations naturelles. D’ailleurs, les héros
de cette histoire réalisent une autopsie du corps de l’un
d’eux ! Voici comment il les décrit dans “ Les
Montagnes hallucinées ” : “ Toutes les hypothèses
concernant les membres et les organes extérieurs étaient exactes et
permettaient de conclure que le sujet appartenait au règne animal ; par
contre, l’examen des organes internes révélait tant d’éléments
végétaux que Lake n’y comprenait plus rien. Cette créature possédait un
appareil digestif et circulatoire. Elle éliminait les déchets par les tubes
rougeâtres situés à sa base. L’appareil respiratoire s’avérait
extrêmement curieux : il présentait certaines cavités destinées à
emmagasiner de l’air, et la respiration pouvait s’opérer soit par
un orifice extérieur, soit par deux systèmes très développés de branchies et
de pores. De toute évidence, la créature était amphibie et pouvait également
subir de longs hivernages sans air. ” Je m’arrête là, mais
la description se poursuit encore longuement, surtout pour démontrer la
prodigieuse intelligence de la créature. Dans la
nouvelle “ L’indicible ”, le héros trouve des
ossements sous le toit et “ si ces ossements provenaient tous du
même être, ce devait être une folle monstruosité. ” Voilà donc la
source de la terreur : ce qui est anormalement monstrueux dans la nature
n’est qu’un signe que des entités d’un autre monde, dans
lequel les lois de la nature, non seulement sont différentes des nôtres, mais
sont également terrifiantes, apparaissent chez nous. Ainsi, Ward, dans
“ L’affaire Charles Dexter Ward ” écrit une
lettre dans laquelle il montre sa crainte : “ J’ai mis
au jour une monstrueuse anomalie, pour l’amour de la science. A présent
pour l’amour de la vie et de la nature (souligné par moi), vous
devez m’aider à la rejeter dans les ténèbres. ” Dans le même
roman on rencontre : “ L’entité prisonnière (qui) de toute
évidence (...) n’avait pas été créée par la nature, car elle
n’était pas finie et nul ne saurait décrire ses proportions
anormales. ” Lovecraft
aime décrire des monstruosités, en ce sens qu’elles sont, non pas
surnaturelles, mais extranaturelles, qu’elles font partie d’un
autre monde dans lequel les lois naturelles sont différentes, ce qui fait
dire à l’auteur, dans “ Celui qui chuchotait dans les
ténèbres ” : “ Le contact avec le fantastique est
presque toujours terrifiant. ” Voici les monstres du “ Cauchemar
d’Innsmouth ” : “ Ils étaient de couleur
verdâtre et avaient le ventre blanc. Leur peau semblait luisante et lisse,
mais leur échine se hérissait d’écailles. Leur corps vaguement
anthropoïde se terminait par une tête de poisson aux yeux saillants toujours
ouverts. Sur le côté de leur cou s’ouvraient des ouïes palpitantes, et
leurs longues pattes étaient palmées. ” Des personnages que
l’on a également rencontrés souvent dans les innombrables séries B du
cinéma, et aussi dans certaines séries télévisées comme la toute récente
“ SPACE 2063 ”... Ce sont aussi
des phénomènes naturels qui permettent la réapparition de la faune
particulière du monde des Grands Anciens. Il y a le tremblement de terre bien
connu de tous dans la mythologie lovecraftienne, mais aussi
l’inondation, comme dans “ Celui qui chuchotait dans les
ténèbres ” : “ (Lors de) l’inondation sans
précédent qui eut lieu dans l’état du Vermont, le 3 novembre 1927,
(...) des histoires bizarres mentionnant la découverte de certaines créatures
inconnues flottant sur les eaux de quelques rivières en crue. ” Enfin , dans
“ La tourbière hantée ”, à la fin, “ Les
eaux stagnantes (...) débordaient maintenant d’une horde
d’énormes grenouilles visqueuses dont les cris aigus et incessants
contrastaient étrangement avec leur taille. Brillantes, vertes et bouffies,
elles semblaient contempler le clair de lune. ” Mais
Lovecraft s’intéresse aussi beaucoup à la flore. Il consacre même
entièrement une nouvelle à son représentant le plus prestigieux. Ce texte a pour
titre : “ L’arbre ” ! Il s’agit
d’ “ un olivier
d’une taille surnaturelle et d’une forme singulière. Il ressemble
au corps d’un être humain figé dans son dernier sommeil. ”
On se doutait qu’il ne pouvait s’agir d’un arbre ordinaire,
mais d’un végétal en rapport avec la “ divinité ”
préférée d’Arthur Machen : “ Le redoutable Pan et (...)
ses nombreux compagnons ” que Lovecraft n’a pas manqué
d’emprunter à un écrivain qu’il admire. Il s’agit
d’ailleurs d’une “ divinité ” liée à la nature
qu’on ne trouve qu’à la campagne... Un autre arbre est effrayant,
dans “ L’indicible ” : “ ... Le
vieux cimetière d’Arkham... Les yeux fixés sur le saule géant de ce
territoire réservé aux morts, dont les puissantes racines, puis le tronc,
avaient presque englouti une dalle indéchiffrable, je m’étais permis
une remarque bien personnelle sur les sucs fétides autant que subtils que
l’inexorable réseau nourricier de l’arbre devait distiller de la
terre séculaire de cet ossuaire. ” D’autres arbres, dans un autre
cimetière, celui de “ La peur qui rôde ”, jouent le
même rôle dans le décor : “ ... le cimetière familial où des
arbres difformes étendaient leurs branches folles, pendant que leurs racines,
soulevant hideusement les dalles, suçaient les sucs vénéneux du
sous-sol. ” Le même arbre a “ des racines semblables à
des serpents qui se tordaient méchamment avant de s’enfoncer
dans le sol ”, et dans la même histoire, il y a une
“ forêt de chênes monstrueusement nourris dont les racines en
forme de serpent se tordaient, aspiraient d’innommables sucs
dans la terre grouillante de démons cannibales... ” Dans
“ Celui qui hantait les ténèbres ”, “ Il
était bien étrange que les plantes et les herbes qui poussaient autour de
l’église fussent restées jaunes et flétries malgré la venue du
printemps. ” Les champignons qui poussent dans la cave où est
enterré le vampire ne se portent pas mieux : “ Ces
champignons aussi grotesques que la végétation de la cour, avaient vraiment
des formes horribles. C’étaient de repoussantes parodies
d’agarics et de “pipes indiennes” dont nous n’avions
jamais vu les modèles. ” Il s’agit de la cave de la nouvelle
“ La maison maudite ”, construction bâtie sur un ancien
cimetière “ oublié ”, ce qui nous fait penser que Tobe
Hooper l’avait lue pour son film
“ Poltergeist ”. Il est vrai
que cette flore monstrueuse contribue à rendre terrifiante l’ambiance
du récit de Lovecraft. Ainsi, encore, dans “ La peur qui
rôde ” : “ Il n’y avait pas de bêtes
sauvages — elles se tiennent coites au voisinage de la mort. Les vieux
arbres frappés par la foudre semblaient étrangement grands et tordus, et le
reste de la végétation épais et chargé de fièvres, tandis que de curieux
monticules et de petits tertres hérissaient la terre volcanique couverte
d’herbes folles, évoquant des serpents et des crânes humains de
proportions gigantesques. ” Pour terminer
cette parade grotesque des monstruosités de la nature lovecraftienne, je
citerai encore notre cher écrivain de Providence : “ La
science, dont les terribles révélations déjà nous accablent, sera peut-être
l’exterminatrice définitive de l’espèce humaine — en
admettant que les êtres appartiennent à des espèces différentes — et si
elle se répandait sur la terre, nul cerveau n’aurait la force de supporter
les horreurs insoupçonnées qu’elle tient en réserve. ” (Dans
la nouvelle “ Arthur Jermyn ”) Ah ?
C’est donc que la nature même cache les plus
“ indicibles ” des horreurs ? C’est
là le pessimisme profond de Lovecraft... ** Ces descriptions de paysages sont certainement inspirées de celles d’Arthur Machen comme pourrait en témoigner cet extrait de sa nouvelle “ La Main rouge ” (1906) : “ Les contours des bois et des collines, les méandres des ruisseaux au creux des vallées, sont susceptibles d’imprégner de mystère un esprit particulièrement imaginatif. (...) Lorsque j’étais encore enfant, la vaste étendue de certaines collines arrondies, la profondeur de certains bois suspendus et de vallées secrètes encerclées de toutes parts, me remplissait d’imaginations dépassant toute expression rationnelle ; (...) ” |
|
Autrefois on appelait cela un "savant". La plupart du temps un homme qui "savait" beaucoup de choses. Au Moyen Age, ce personnage était personnifié par l'alchimiste. Quelqu'un qui recherchait les secrets de la Nature contre vents et marées, contre l'Eglise et ses lois ; c'était le cas aussi du magicien qui pensait que la nature était de nature magique. L'alchimiste se considérait comme un être supérieur dont l'adage était : "Lege, lege, relege, ora, labora et invenies".(1) Mais l'Eglise finit par craindre l'alchimie, ainsi le pape Jean XXII (souverain pontife de 1316 à 1334) lança une Bulle d'excommunication contre tous ceux qui cultivaient l'art transmutatoire et l'Inquisition brûla un certain nombre d'alchimistes.(2) L'alchimiste expérimentait sur son athanor, ce fourneau diabolique. Chercheur inlassable il ne cédait qu'à la mort, et encore, léguait-il ses recherches à ses successeurs. Jusque dans les années soixante, l'image du laboratoire, et notamment, du laboratoire de chimiste avec ses cornues, ses réfrigérants et ses liquides colorés, restera lié dans la fiction, aux secrets de la vie, secrets que seul Dieu pouvait détenir. Puis vint Lavoisier(3) qui remit de l'ordre dans tout cela et affirma que"rien ne se perd et rien ne se crée, tout se transforme". Du coup, la science devint elle-même une composante fantastique dans l'imaginaire populaire. Le scientifique était donc capable de transformer. Voilà qui était pire que créer. Aujourd'hui, le savant sait transmuter la matière grâce à la science de l'atome. Les alchimistes n'avaient-ils pas raison ? Le premier scientifique de la mort : le docteur Frankenstein...
Le professeur Quatermass, et la terreur venue du cosmos.
D'autres scientifiques de la mort...
Docteurs de la vie.
|
|
Assassins en série sur grand écran
Le premier serial killer à être présenté au cinéma fut Jack l'éventreur. Et pas par n'importe qui, par Alfred Hitchcock s'il vous plaît ! Ce film muet s'appelle "The Lodger" (le locataire...). Il date de 1926. Un petit chef-d'oeuvre méconnu... L'arrivée du locataire (qui sera soupçonné d'être Jack l'éventreur) dans la maison renvoie à Nosferatu (1922) de Murnau, film qui a dû influencer le jeune Hitchcock, mais à l'envers, car c'est le monstre qui arrive. Le film fait penser aussi à "Vampyr" (1929) de Carl Th. Dreyer avec les mouvements des personnages dans la maison, les portes qui s'ouvrent et se ferment. Malgré la lourdeur des caméras de l'époque, Hitchcok donne du mouvement aux plans en filmant au travers du pare-brise d'une camionnette de presse. Il utilise aussi la surimpression pour faire défiler les éléments du soupçon au travers des pas du locataire, imaginés au plafond par les personnages. Enfin, il a utilisé un procédé désormais devenu classique, celui de filmer le personnage par en dessous alors qu'il marche sur une plaque de verre. Un remake a été réalisé par John Brahm en 1944, tout aussi expressionniste. Ce film insiste plus sur le côté social de l'histoire en montrant le quartier populaire de Whitechapel où ont lieu les meurtres. Hitchcock aimera beaucoup les assassins en série car il les mettra encore en scène dans "Frenzy" (1972) par exemple, montrera en détail leurs motivations dans"La Corde"(1948), ou plutôt il y montrera leur manque de motivation, et créera le personnage de serial killer le plus célèbre dans "Psychose" (1960), une adaptation d'un roman du magnifique Richard Matheson, qui connaîtra deux séquelles cinématographiques et une télévisuelle. Il montrera aussi dans "L'Ombre d'un doute" (1943) que l'assassin peut faire partie de la famille ! Un autre chef-d'oeuvre réalisé par un autre grand maître met en scène un assassin d'enfant: "M le maudit" (1931) de Fritz Lang, film qui est une allégorie du plus grand serial killer de tous les temps : le nazisme... Le personnage est interprété par le grand Peter Lorre (1904-1964) qui fuira le nazisme en se réfugiant aux USA. Le giallo.
Les séries de tueurs en série...
L'aristocratie des serial killer
|
|
The Lodger (1926) Alfred Hitchcok.
- M. le Maudit (1931) Fritz Lang - Masques de cire (1933) Michael Curtiz - L'Ombre
d'un doute (1943) Alfred Hitchcock. - Le Locataire : Jack l'Eventreur (1944)
John Brahm - Le Tueur de Londres (1953) Hugo Fregonese - L'Homme au masque de
cire (1953) André de Toth - Sherlock Holmes contre Jack l'Eventreur (1955)
James Hill - Jack l'Eventreur (1958) Robert S. Baker et Monty Berman - Le
Voyeur (1959) Michael Powel. - Psychose (1960) Alfred Hitchcock. - Six Femmes
pour l'assassin (1964) Mario Bava. - La Fille qui en savait trop (1962) Mario
Bava - Meurtre par procuration (1963) Freddie Francis - Onibaba (Les tueuses)
(1964) Kaneto Shindo - L'Oiseau au plumage de cristal (1969) Dario Argento. -
Le Chat à neuf queues (1970) Dario Argento - La Fille de Jack l'Eventreur
(1971) Peter Sasdy - Quatre mouches de velours gris (1971) Dario Argento -
Frenzy (1972) Alfred Hitchcock - Le Monstre est vivant (1973) Larry Cohen -
Massacre à la tronçonneuse (1975) Tobe Hooper - Les Frissons de l'angoisse
(1975) Dario Argento - Jack l'Eventreur (1976) Jess Franco - La Nuit des
masques (Halloween) (1978) John Carpenter. - Meurtres par décret (1978) Bob
Clarck - Les Monstres sont toujours vivants (1978) Larry Cohen - C'Etait
demain (1979) Nicholas Meyer - Vendredi 13 (1980) Sean S. Cunnigham. -
Pulsions (1981) Brian De Palma. - Halloween 2 (1983) Rick Rosenthal - Le
Tueur de vendredi (1981) Steve Miner - Meurtres en trois dimensions (1982)
Steve Miner - Ténèbres (1982) Dario Argento. - Massacre à la tronçonneuse 2
(1982) Tobe Hooper - L'Eventreur de New york (1982) Lucio Fulci - Les Griffes
de la nuit (1984) Wes Craven. - Vendredi 13 chapitre final (1984) Joseph Zito
- Vendredi 13 une nouvelle terreur (1985) Danny Steinmann - La Revanche de
Freddy (1985) Jack Sholder - Jason le mort vivant (1986) Tom Mc Loughlin -
Les Griffes du cauchemar (1987) Chuck Russel - La Vengeance des monstres
(1987) Larry Cohen - Le Cauchemar de Freddy (1988) Renny Harlin - Vendredi 13
chapitre 7 un nouveau défi (1988) John Carl Buechler - Halloween 4 (1988)
Dwight H. Little - Jeu d'enfant (1988) Tom Holland - L'Enfant du cauchemar (1989)
Stephen Hopkins. - Le Silence des agneaux (1990) Jonathan Demme. - Cabale
(1990) Clive Barker.- Chucky la poupée de sang 2 (1990) John Lafia - La Mort
de Freddy (1991) Rachel Talalay - Chucky 3 (1991) Jack Bender - L'Ambulance
(1991) Larry Cohen - Candyman (1992) Bernard Rose - Dr Rictus (1992) Manny
Coto - La Part des ténèbres (1993) George Romero. - Vendredi 13 Jason en
enfer (1993) Adam Marcus - Trauma (1993) Dario Argento - Freddy sort de la
nuit (1994) Wes Craven - Leprechaun à Las Vegas (1995) Brian Trenchard-Smith
- Candyman 2 (1995) Bill Condon - Le Syndrome de Stendhal (1996) Dario
Argento - Le Masque de cire (1996) Sergio Stivaletti - Scream (1997) Wes
Craven - Fantômes contre Fantômes (1997) Peter Jackson - Souviens-toi...
L'été dernier (1997) Jim Gillepsie - Wishmaster (1997) Robert Kurtzman - Le
Collectionneur (1997) Gary Fleder - Le Dentiste (1998) Brian Yuzna - Urban
Legend (1998) Jamie Blanks - Scream 2 (1998) Wes Craven - Souviens-toi...
L'été dernier 2 (1998) Danny Cannon - Halloween 20 ans après il revient
(1998) Steve Miner - La Fiancée de Chucky (1998) Ronny Yu - Scream 3 (1999)
Wes Craven - Le Dentiste 2 (1999) Brian Yuzna - Candyman 3 : le jour des
morts (1999) Turi Meyer - Cut (1999) Kimble Rendall - American psycho (1999)
- Urban legend 2 (2000) John Ottman (zut ! j'ai dû oublier de citer le
premier épisode !) - The Cell (2000) Tarsem Singh |
|
et vision de l’univers L'homme primitif croyait que la
Lune était plate. Puis, les astronomes comprirent que c'était un astre qui
tournait autour de la Terre qu'ils voyaient également plate. Enfin, tous ces
astres devinrent sphériques dans l'imaginaire collectif. Mais la Bible avait
dit que Dieu a créé l'Homme à son image. L'évidence semblait montrer que le
Soleil tournait autour de la Terre comme sa compère la Lune. Donc, la Terre
était le centre du monde.
de la représentation de l'univers :
Au seizième siècle, Copernic, au terme de longues études, détermina comment fonctionnait le système solaire. Mais cette nouvelle conception ne convenait pas à l'Eglise qui voyait dans la Terre, œuvre de Dieu, le centre de l'univers. Ce n'est qu'avec l'invention de la lunette au dix-septième siècle que cette conception fut validée. En 1609, Galilée,
grâce à sa lunette, découvrit le relief de la Lune, les principaux satellites
de Jupiter, les phase de Vénus, et la... présence d'étoiles dans la voie
lactée. En 1633, il a dû se rétracter devant l'Inquisition... Mais
heureusement, les faits sont têtus ! (Sur ce thème voir
l’excellent livre de David Dubois que j’ai publié aux éditions
Naturellement : « Dieu et les
extraterrestres ») L'effet de serre et la science-fiction L'effet de serre n'a pas vraiment inspiré les écrivains et les scénaristes de science-fiction. Le froid les a toujours beaucoup plus fascinés. Il est vrai que, jusqu'aux années quatre-vingt-dix la prévision de l'aggravation de l'effet de serre était difficile à faire étant donné la complexité de la chose et des faibles connaissances dans le domaine de la météorologie. Néanmoins, ce problème d'actualité a inspiré deux films de science-fiction excellents : "The Arrival" (Ils arrivent !) et "The Arrival 2". J'y reviendrai de suite. Avant, je voudrais citer un film qui montre les effets graves des diverses pollutions sur notre pauvre planète et son humanité : "Soleil vert " (1973) de Richard Fleischer. A l'époque de sa sortie on ricanait beaucoup, maintenant on le passe et on le repasse ( !) à la télévision... L'histoire raconte comment les pollutions ont rendu la vie très dure par manque de nourriture et d'eau potable. Le climat lui-même a été dégradé et une société de classes sans pitié règne sur le monde et réserve à une "élite" les bienfaits de ce qui nous paraît normal à nous autres : l'eau fraîche et potable, la viande de bœuf.... Même les femmes ne sont plus que des objets de plaisir pour les hommes. Dans ce film, l'effet de serre est sous-jacent, mais l'histoire montre bien les effets sociaux de tels problèmes d'environnement. Un autre film plus récent, mais hélas pas très réussi, montre notre brave Terre envahie par les eaux : "Waterworld" (1995) de Kevin Reynolds. Ce qui est amusant dans ce film, c'est d'abord le générique, car on voit les continents de la planète bleue du sigle de la compagnie "Universal" progressivement envahis par la mer, et, ensuite, le fait que les pirates se sont installés dans les cuves d'un pétrolier géant qui finit aussi par couler. Quel symbole ! On peut aussi se reporter au merveilleux roman de l'écrivain anglais J.G. Ballard, "Le monde englouti" (1962, déjà !). On se souvient également que cet écrivain est l'auteur du terrifiant "Crash" dont David Cronenberg a fait un film controversé en 1996, et qui montre les méfaits psychologiques de l'automobile... C'est le moins qu'on puisse dire ! Mais revenons à "The Arrival" (1996) David Twohy. C'est une histoire d'extraterrestres assez originale. Les astrophysiciens étudient un problème complexe : comment modifier le climat d'une planète pour la rendre habitable ? On envisage, par exemple pour Mars, de faire évaporer d'énormes quantités d'eau qui seraient présentes sur la planète rouge pour "encombrer" son atmosphère de vapeur d'eau et ainsi créer l'effet de serre pour augmenter la température moyenne. Cela est théoriquement tout à fait possible. Ce n'est qu'une question de technologie. Le scénariste de "The Arrival" a, lui, imaginé que des extraterrestres avaient implanté des installations pour augmenter l'effet de serre sur notre planète afin de la rendre vivable pour eux... Et pourquoi pas ? D'ailleurs ceux-ci (reconnaissables à leurs... genoux !) déclarent logiquement qu'ils ne font qu'accélérer un processus que les humains développent de toute façon.... Il faut aussi rendre à César ce qui est à César, puisque ce thème de science-fiction était déjà développé dans un vieux film de la Hammer : "La Nuit de la grande chaleur" (1967) du grand Terence Fisher, dans lequel des extraterrestres font monter la température de notre bonne vieille planète ! Et attention, ne confondez pas ces films qui ont pressenti un grave problème d'environnement avec ceux qui ont essayé de terrifier le spectateur avec un soleil qui se rapproche de la Terre : "Le choc des mondes" (1953) de Byron Haskin, "Le Jour où la Terre prit feu" (1961) de Val Guest... Les OGM
et la science-fiction au cinéma... Le problème des Organismes Génétiquement Modifiés (OGM) se pose à notre époque de manière cruciale. Mais ce problème n’est pas nouveau. Il a été largement traité par la science-fiction au cinéma et à la télévision. C’est la découverte de l’énergie atomique qui a produit le plus cette terreur des mutations génétiques, car les rayonnements des réactions nucléaires en produisent réellement. Donc, ce sont les monstres qui d’abord terrifièrent les spectateurs et téléspectateurs autour de séries télévisées comme « Au-delà du réel » ou même, « La Quatrième dimension ». Le plus célèbre d’entre eux est bien « Godzilla » (1954) qui a fait l’objet de nombreuses suites dans lesquelles il détruit Tokyo à chaque fois et finit pas affronter d’autres monstres. Le premier « Godzilla » a été réalisé pat Inoshiro Honda. Il raconte l’apparition de ce monstre après les explosions nucléaires américaines sur le Japon en 1945. Les Américains ont d’ailleurs distribué le film aux USA, mais comme il ne comportait que des personnages nippons, ils ont rajouté des scènes avec un journaliste américain (!) C’est à cela que fait allusion Emmerich dans son excellent remake de 1997 avec le journaliste français joué par Jean Reno. Honda a également réalisé un film terrifiant sur une mutation due aux rayons atomiques avec « L’Homme H » (1958)... Des mutants on en a vus beaucoup au cinéma. Par exemple, les morts-vivants du chef-d’œuvre de Romero « La Nuit des morts-vivants » (1968), car une explication est donnée dans le film par la télévision regardée par les personnages assiégés dans la maison : un satellite est retombé sur Terre et a répandu un produit chimique qui réveille les morts ! D’ailleurs, Romero franchit carrément le pas avec son dernier film de la trilogie des morts-vivants : « Le Jour des morts-vivants » (1986) dans lequel un savant fou essaie de redonner une conscience sociale aux morts-vivants... Mais l’histoire d’OGM par excellence est bien « L’Ile du docteur Moreau » écrit par H.G. Wells en 1896. Wells avait déjà évoqué les mutations humaines dans un futur lointain dans son roman « La Machine à explorer le temps ». Il est intéressant de noter l’évolution du traitement de « L’Ile du docteur Moreau » par le cinéma. Evidemment Wells ne connaissait pas la génétique, car elle n’existait pas à son époque. Son histoire raconte comment un docteur fait évoluer les animaux vers une « humanité » physique. Mais il échoue car il manquait la base sociale à ses individus créé par mutation. Le cinéma en est resté là jusqu'à « L’Ile du docteur Moreau » (1996) de Frankenheimer, dans lequel le docteur Moreau utilise la manipulation génétique pour arriver au même résultat. D’ailleurs, le docteur joué par Marlon Brando remarque à un moment que le diable, il le voit dans son microscope ! Sans développer plus loin, on voit que le cinéma de science-fiction ne s’est vraiment attaché qu’aux « HGM », c’est-à-dire aux Hommes Génétiquement Modifiés... et à quelques autres monstres. Ainsi, dans « Tarantula » (1955) de Jack Arnold, une araignée est génétiquement modifiée et devient géante, et dans « L’homme qui rétrécit » (1957) du même, un pauvre diable croise un drôle de nuage en mer et rétrécit jusqu'à devenir microscopique... Personne n’a jamais envisagé ce qui arrive aujourd’hui : rendre les plantes encore plus faciles à cultiver grâce aux manipulations génétiques. Mais tous ces films, toutes ces histoires ont joué un rôle important dans l’inconscient collectif pour développer la terreur du progrès scientifique. C’est aussi une conséquence, n’en déplaise aux ardents défenseurs du « science » dans science-fiction, des histoires de science-fiction... Il n’est donc pas étonnant que ce sont les mêmes qui diabolisent le nucléaire et les « manipulations » génétiques. Les insectes, par leur morphologie et leur mode de vie, ont toujours évoqué dans l’esprit humain une horreur liée au fait d’être considéré par eux, soit comme un hôte pour un parasite, soit comme une nourriture, et, particulièrement, le fait que notre corps mort finisse par être dévoré par eux ajoute à la construction de cette terreur qu’ils suscitent dans notre esprit. Mais tous les insectes n’ont pas cette réputation. Le cricket de Pinocchio représente la morale, l’influence de la religion et de la société. La coccinelle, pourtant carnivore (mais elle mange des pucerons...) est appelée bête à bon dieu... Quant aux autres, ils sont tous terrifiants avec leurs yeux à facettes, leurs multiples pattes (six pour les insectes , mais plus pour d’autres, par exemple huit pour les araignées qui ne sont pas des insectes, mais tant pis, j’appellerai insecte toute petite bête « monstrueuse » avec plein de pattes). Ainsi, le cinéma fantastique a tenté d’utiliser cette horreur. Mais il n’a pu le faire que relativement tard, car l’utilisation de ces « sales » bestioles demandaient des trucages cinématographiques élaborés. Aujourd’hui, la tendance inverse se manifeste. On produit des films gentils sur les insectes, avec « Fourmiz » et « 1001 pattes », films d’animation d’images de synthèse dans lesquelles, (influence de Walt Dysney oblige) les insectes sont humanisés : ils n’ont que quatre membres, une bouche avec des dents et non pas des mandibules ou des trompes, et des mains... Voilà : pour devenir acceptables, les insectes sont donc en quelque sorte désinsectisés... Un film comme « Microcosmos » a pris le parti contraire, et a parfaitement réussi dans la réhabilitation de ces magnifiques petites bestioles fascinantes... suivi par d’autres documentaires. Il y a eu — dans la littérature fantastique de science-fiction — l’idée que certains extraterrestres pouvaient être des insectes, avec une intelligence humaine, mais aussi la « cruauté » propre à ces petites bêtes. Voilà qui est terrifiant... Ainsi, le dernier film de Paul Verhoeven « Starship Troopers » (1998) reprend les insectes tueurs abominables de l’écrivain américain réactionnaire Robert Heinlein, contre lesquels les humains, vivant désormais dans une société nazifiée, vont faire une guerre sanglante et horrible... Le réalisateur d’origine hollandaise a retourné l’argument de l’écrivain et a fait un film contre la guerre. Dans « Alien » (1979) de Ridley Scott, le monstre, plutôt inspiré de ceux de l’écrivain américain Lovecraft, possède un moyen de reproduction emprunté à certaines guêpes qui pondent leurs œufs dans le corps vivant de leurs victimes qui sont dévorées de l’intérieur par la larve... Ce thème avait déjà été largement exploité dans les romans de SF des années cinquante. Le film est d’ailleurs inspiré d’un autre de Mario Bava : « La planète des vampires » (1965). Dans « L’invasion des profanateurs de sépulture »[15] (1956) de Don Siegel, les méchants extraterrestres ont un développement larvaire identique aux insectes car ils deviennent adultes dans une chrysalide, appelée « cosse » ce qui tendrait à représenter plutôt un végétal, sales petits aliens qui prennent carrément la place des humains. Don Siegel s’était inspiré d’un roman de Jack Finney (1955), mais avait détourné le propos de l’écrivain pour faire une allégorie anticommuniste... On aperçoit aussi d’horribles araignées extraterrestres dans « Perdus dans l’espace » (1998) de Stephen Hopkins. Ensuite, il y a les insectes mutants. La radioactivité d’abord, puis les mutations génétiques en ont fabriqué beaucoup au cinéma et à la télévision. Nous avons eu toute une série de films de ce genre depuis « Des monstres attaquent la ville (1953) de Gordon Douglas à « Mimic » (1997) de Guillermo Del Toro. Mais le plus passionnant de tous est « La Mouche noire » (1958) de Kurt Newman, inspiré du livre « La Mouche » de George Langelaan, et surtout de son magnifique remake de David Cronenberg, « La Mouche » (1986), qui pose bien le problème de la création de nouvelles espèces. En effet, un savant a inventé la translation des corps au travers d’un câble grâce à un ordinateur puissant qui permet de déstructurer les molécules dans une cabine, de les transférer dans une autre cabine et de les y restructurer pour reconstituer le corps. Le problème, c’est qu’une mouche s’est trouvée là, et que l’ordinateur a restructuré un nouveau corps avec une combinaison génétique... Quelle horreur ! Ça c’est de la science-fiction... Enfin, il y a les histoires où les insectes tels qu’ils sont sèment la terreur. Dans ce domaine les scénaristes utilisent surtout les abeilles africaines qui sont, paraît-il terribles. Voilà donc un petit tour d’horizon qui montre, par un autre exemple, comment les histoires d’horreur savent s’inspirer de la nature. Mais, bien souvent, elles s’appuient sur une terreur dont on parle souvent, enfouie dans l’inconscient collectif (ou plutôt culturel, mythologique ?) de l’humanité, la terreur de la faute de Prométhée qui a voulu montrer aux humains comment être un dieu. Cette faute est toujours punie comme dans le « Franbkenstein » de Mary Shelley. Si le progrès modifie la nature, celle-ci ne finit-elle pas toujours par se venger ? Voilà le thème de réflexion développé par les films et les histoires fantastiques de science-fiction sur les insectes... N’est-il pas d’actualité de nos jours ? 15 Il y a eu deux remakes à ce film : « L’invasion des profanateurs » (1978) de Philip Kaufman et « Body snatchers » (1993) d’Abel Ferrara. « Body snatchers » est le vrai titre du livre de Jack Finney, livre qui ressemble d’ailleurs étrangement à l’histoire de « Le père truqué » (1955) de Philip K. Dick... Films sur la terreur engendrée par des insectes (bien que les
araignées ne soient pas des insectes, mais des arachnides...) : Des Monstres attaquent la ville (Gordon Douglas) 1953, des fourmis rendues géantes par les radiations – Tarantula (Jack Arnold) 1955, ah ! ces scientifiques avec leurs expériences... – La Chose surgie des ténèbres (Nathan Juran) 1957, cette fois la chose décongelée est une mante... – Les Monstres de l’enfer vert (Keneth Crane) 1957, d’énormes insectes mutants dans la jungle – La Mouche noire (Kurt Neuman) 1958, un homme invente la désintégration des corps et leur reconstitution ; hélas, une mouche s’est introduite dans l’appareil en même temps que le savant... – Mothra contre Godzilla (Inoshiro Honda) 1964, une mite géante, puis ses deux « petits » luttent contre Godzilla – Invasion des araignées géantes (Bill Rebane) 1975 – Les insectes de feu (Jeannot Szwarc) 1975, après un tremblement de terre, des insectes incendiaires sortent des crevasses – L’empire des fourmis géantes (Bert L. Gordon) 1977 – Phenomena (Dario Argento) 1984, insectes nécrophages – La Mouche (David Cronenberg) 1988, remake génial du film de 1958 –Voyage au bout de l’horreur (Terence H. Winkless) 1988, cafards sanguinaires et désosseurs – Arachnophobie (Frank Marshall) 1990, une monstrueuse araignée est importée dans le cercueil de sa victime – La Mouche 2 (Chris Walas) 1992 – Ticks (Tony Randel) 1993, tiques devenues monstrueuses à cause de trafiquants de drogue – Men in Black (Barry Sonnenfeld) 1997, le méchant du film est un extra-terrestre, énorme cafard géant – Mimic (Guillermo del Toro) 1997, insectes géants tueurs prenant notre apparence dans le métro de New York – Perdus dans l’espace (Stephen Hopkins) 1998, araignées teigneuses dans un vaisseau abandonné. et domination de l’espèce humaine. Dans les temps primitifs, la nature se présentait comme très mystérieuse à l’homme. Et, donc, parfois terrifiante, car l’être humain peut être une proie pour le prédateur, mais aussi par des phénomènes d’autant plus effrayants qu’inexpliqués, comme le tonnerre, la foudre, l’éruption volcanique, le tremblement de terre, même le soleil et la lune, astres qui semblaient doués d’une vie autonome. Tous ces mystères ont nourri des mythologies qui faisaient de ces phénomènes le résultat de l’activité des dieux. Ces mythologies, traitées par l’immense chaudron de l’imagination humaine ont produit des œuvres littéraires immortelles. A la base, il y a celles qui remettent en cause la prétention — considérée au Moyen Age par les ecclésiastiques comme inqualifiable — de maîtriser la nature, et ainsi, de remplacer Dieu. On voit là apparaître la volonté de l’Eglise de maîtriser les idéologies en rationalisant les croyances et légendes des paysans incultes. Ce phénomène a mené les prêtres assez loin, jusqu’à des enquêtes sur des phénomènes surnaturels comme le fameux “ Traité sur les apparitions des esprits et sur les vampires ” (1751) du R. P. Dom Augustin Calmet et “ De masticatione mortuorum in tumulis ” (1728) de Michaël Ranft, enquêtes commandées par les autorités pour faire la lumière sur des phénomènes qui terrifiaient certaines contrées, même si, aujourd’hui, on peut en sourire. La première légende à remettre en cause la maîtrise de l’homme sur la nature, fut celle de “ Faust ”. Ce n’est pas Gœthe qui a inventé cette histoire. Elle était déjà présente dans une lettre datée de 1507, où l’on trouve mention des tribulations d’un certain Faust. Ensuite, en 1587, il y aura un livre qui raconte l’histoire de ce pacte avec le diable dont s’est inspiré le poète allemand. Le diable, avec qui certains font des pactes pour mieux s’échapper des contingences naturelles, donc dépasser la nature, prendra ensuite différentes formes. Avant le diable, ange déchu, ce fut Prométhée qui, pour se venger de Zeus, donna aux hommes la connaissance du feu. Plus près de nous, c’est la science elle-même qui donne à Victor Frankenstein l’audace de créer un être vivant avec de la chair morte. D’ailleurs, la jeune Mary Shelley rédigea son roman à partir des expériences scientifiques de réanimation menées en 1802 — 1803 à Londres par Giovanni Aldini. D’autre part, l’utilisation par Frankenstein de l’énergie de la foudre, a certainement été inspirée par la réelle passion du mari de l’écrivain, et ses expériences pour mener à bien son idée de recueillir l’électricité de la foudre. “ Le monde était pour moi un secret que j’avais à découvrir ”, déclare Victor Frankenstein dans le roman de Mary Shelley. Cette volonté, ne la trouvons-nous pas déjà chez les alchimistes, comme Paracelse qui donnait la recette de la “ génération des homonculus (...) possibilité que, par nature ou par art, un homme pût être reproduit en dehors d’un corps de femme et d’une mère naturelle. ” ? Cette phrase n’est-elle pas d’étrange actualité ? Comme celle du Golem, sur le front duquel est inscrit “ EMET ”, constitué de trois lettres qui forment le mot de “ Vérité ”, et, qui, si l’on enlève la première, devient “ Mort ”... Car, quelle impudence aurait l’homme de rechercher la Vérité ?** Ces terreurs nous ont accompagnés aujourd’hui. Elles constituent toujours un enjeu idéologique et politique fondamental, notamment en ce qui concerne l’écologie. Aux Etats-Unis, dans les années soixante, puis, chez nous, on comparait le destin de Faust à celui du physicien Robert Oppenheimer (1904 — 1967), l’organisateur du laboratoire-caserne de Los Alamos, le créateur de la bombe atomique. Cette terreur, que l’on retrouve dans nombre d’œuvres fantastiques littéraires ou cinématographiques, motive certainement ce que l’on appelle la “ diabolisation ” du nucléaire civil. Car, qui n’est pas mieux le “ Prométhée moderne ” — sous-titre du roman de Mary Shelley — que celui qui produit de l’énergie (le feu offert par Prométhée à l’espèce humaine) à partir de la structure profonde de la matière ? Il y a aussi celle du vivant... C’est pourquoi, à partir des années soixante-dix, à la terreur de la physique atomique s’est ajoutée celle des manipulations génétiques. Ce qui faisait déclarer au professeur Mollo-Mollo — pseudonyme d’un responsable d’un parti écologiste aujourd’hui conseiller régional Rhône-Alpes — qu’il était d’accord avec le progrès scientifique, sauf en ce qui concernait “ l’énergie nucléaire et les manipulations génétiques ”... Il s’agissait d’un débat lors de l’enquête publique pour l’installation de la centrale nucléaire de Saint-Alban (38). Arès avoir épuisé ces mythes, en en faisant des versions diverses, par exemple, en présentant le docteur Frankenstein sous des aspects moraux différents, la mode revient à une nature plus directement terrifiante. L’apparition de monstres produits par les radiations atomiques ne fait plus que sourire. Ce qui semble être vraiment terrifiant, c’est la forme réelle que peut prendre la nature, lorsqu’elle produit des monstres. Le plus simple est d’en faire des extra-terrestres comme “ Alien ” (1979 — déjà !) de Ridley Scott, dont la reproduction, aux dépens de la vie humaine, est copiée sur la reproduction de certains insectes et dont la férocité n’a d’égal que celle de ces derniers. On a aussi rendu les végétaux terrifiants, lorsqu’ils viennent d’ailleurs comme avec “ La chose d’un autre monde ” (1951) de Christian Nyby, film qui met en scène une créature végétale animée de mauvaise intentions dans un lieu clos (une station polaire) et qui préfigure déjà l’anticommunisme de guerre froide de certains films fantastiques des années cinquante, comme “ L’invasion des profanateurs de sépulture ” (1956) dont le réalisateur Don Siegel avoua clairement ses intentions. (Je n’ai pas la place pour évoquer les séquelles de ces deux films). Bien qu’“ Alien ” ait toujours du succès avec la prochaine sortie d’“ Alien 4 ” réalisé par notre Jean-Pierre Jeunet national, la mode revient aux prédateurs naturels. Le cinéma nous avait déjà habitués à cela, avec, notamment, “ Les oiseaux ” (1963) d’Hitchcock que j’avais d’ailleurs soupçonné à l’époque d’avoir fait un film de guerre froide en récidivant après “ L’étau ” (1969). Aujourd’hui, le cinéma produit cette nouvelle terreur, avec “ Anaconda, le prédateur ” (1997) de Luis Llosa, qui met en scène le fameux et énorme serpent, la terreur étant ici possible grâce aux merveilleux effets spéciaux qui nous montrent avec délectation la méthode de chasse du prédateur et sa manière d’étouffer et gober ses victimes. C’est donc la nature elle-même qui devient terrifiante, comme, assez récemment avec le film “ L’ombre et la proie ” (1996) de Stephen Hopkins, dont les héros sont deux lions de légende en Afrique, appelés “ Fantôme ” et “ Ténèbre ”. Tout un programme. Le cinéma est riche, surtout dans la dernière période, grâce aux effets spéciaux, de films sur la terreur engendrée par la férocité d’animaux petits ou grands : un requin avec “ Les dents de la mer ” (1975) de Steven Spielberg et ses nombreuses séquelles (trois...), les “ Piranhas ” (1978) de Jœ Dante, un sanglier chasseur de chasseurs avec “ Razorback ” (1984) de Russel Mulcahy, et de nombreux films sur la terreur engendrée par les insectes. Dernièrement, “ Un cri dans l’océan ” (1997) de Stephen Sommers s’inscrit dans la même veine. Doit-on déceler une nouvelle crainte en l’avenir dans cette catégorie de films ? Je ne crois pas. Du moins, pas fondamentalement différente de celle du passé, cette crainte profonde que l’espèce humaine ne soit plus dominante, développée surtout par les invasions d’extra-terrestres (et l’actualité cinématographique en est riche ces derniers temps), plus affichée aujourd’hui en montrant l’existence sur notre planète de terribles prédateurs grâce à l’efficacité des effets spéciaux. En conclusion, on peut dire que la terreur profonde des humains, composée de deux éléments apparemment contradictoires, le premier étant la crainte de remplacer Dieu par sa connaissance des lois de la nature, et l’autre, la crainte de ne plus être l’espèce dominante, existe toujours de nos jours. Elle n’est pas seulement réservée à des œuvres de fiction, qui seules, savent l’exprimer ouvertement, elle devient un véritable enjeu de société, soubassement des débats idéologiques sur l’avenir de l’espèce humaine sur notre planète... ** Pour ce paragraphe, j’ai utilisé des citations de l’excellent essai du philosophe Dominique Lecourt : “ Prométhée, Faust, Frankenstein, Fondements imaginaires de l’éthique ”. 1997
[15] Il y a eu deux remakes à ce film : « L’invasion des profanateurs » (1978) de Philip Kaufman et « Body snatchers » (1993) d’Abel Ferrara. « Body snatchers » est le vrai titre du livre de Jack Finney, livre qui ressemble d’ailleurs étrangement à l’histoire de « Le père truqué » (1955) de Philip K. Dick... ** Pour ce paragraphe, j’ai utilisé des citations de l’excellent essai du philosophe Dominique Lecourt : “ Prométhée, Faust, Frankenstein, Fondements imaginaires de l’éthique ”. 1997 |