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Tous ces articles sont © Alain PelosatoLes notes sont à la fin de chaque article et non pas en bas de page !

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Lovecraft

Et la nature

Marie Céleste

Bateau maudit

Philip K. Dick

Solaris !

 

Assassins en série sur grand écran

Docteurs de l'horreur

Effet de serre et science-fiction

Insectes

Au cinéma

Nature terrifiante

Nouvelles planètes et représentation de l'univers

OGM et SF

 

Liste de films de serial killer  

 

Solaris !

Un roman (1961) de Stanislaw Lem

Un film (1972) d’Andrei Tarkovski

Un autre film (2002) de Steven Soderbergh

 

Solaris est un roman de Stanislas Lem, auteur de science-fiction polonais, et un film d’Andrei Tarkovski, réalisateur soviétique (mort en 1986, hélas).

Ces deux œuvres ont été offertes au public en dehors de toutes les règles cinématographiques et littéraires hollywoodiennes.

Encore que Lem ait toujours écrit dans le but de se faire publier en « occident » comme on disait à l’époque là-bas, et il y réussit parfaitement, notamment avec sa série des Ijon Tichy, courts récits satiriques. Avant d’en venir à Solaris, je voudrais manifester mon énorme admiration pour un des plus géniaux roman de SF de tous les temps, un roman de Lem justement : Mémoires trouvées dans une baignoire (1961). Sans faire d’autopublicité, je rends hommage à ce texte dans une de mes nouvelles intitulée Manuscrit trouvé dans une baignoire de l’hôtel Rossia à Moscou (tout un programme). Et admiration sans bornes aussi pour un autre film SF de Tarkovski, Stalker, tiré d’un roman des deux frères Strougaski (des Soviétiques ceux-là). Ce roman  s’appelait à l’origine : Pique nique au bord du chemin (1972).  Ces écrivains de l’Est sont géniaux, tellement géniaux qu’ils ont réussi à survivre en tant qu’artiste dans une société qui ne les aimait guère. (L’un des deux frères Strougaski est mort il y a quelque temps…)

J’ai tellement été fasciné par le roman de Lem et le film de Tarkovski que je suis impatient de voir ce qu’en a fait le réalisateur Steven Soderbergh, film qui doit sortir en janvier 2003.[1]

Solaris est le nom d’une planète constituée uniquement d’un océan. Au fur et à mesure de sa prospection, on finit par déduire que cet « océan » est un gigantesque organisme unique intelligent. Lorsque Solaris fut découverte « La théorie de Gamow-Shapley affirmant que la vie é tait impossible, sur les planètes satellites de deux corps solaires » fut démentie dans les faits : Solaris était capable de réguler son orbite autour de ses deux soleils ! Et le problème se posa donc de communiquer avec cet extraterrestre ; mais « comment voulez-vous communiquer avec l’océan alors que vous-mêmes n’arrivez plus à vous comprendre ? », questionne un scientifique.  Et l’on retrouve le dialogue suivant aussi bien dans le film que dans le livre : « Dans cette situation, sont impuissants aussi bien la médiocrité que le génie. »  Lem fait de Solaris son personnage principal. L’auteur est un scientifique de haut niveau, à la fois de par sa formation initiale mais aussi en autodidacte. C’est la raison pour laquelle, en plus talent, les réflexions scientifiques sur Solaris sont passionnantes dans le livre.

Dans les films « Alien », l’extraterrestre pond des œufs dans notre corps pour se reproduire. Dans Solaris, l’extraterrestre entre dans notre esprit pour y trouver la culpabilité et la matérialise. C’est encore plus horrible ! Le roman vous prend dès le départ par les questions que se pose le visiteur de la station qui plane au-dessus de Solaris. Un vrai suspens à la Hitchcock. Tarkovski ne joue pas sur ce registre dans son film ;  il prend son temps, (le film dure deux heures trente !) comme à son habitude et traite l’image, utilise les mouvements de la caméra pour déclencher chez le spectateur une réflexion sur la psychologie des personnages.

La situation devient compliquée, car les créatures de Solaris souffrent de leur inhumanité, et cherchent à devenir humaines…  Cela ne vous dit rien ? Blade Runner, bien sûr ! On voit là encore que Dick n’avait rien inventé… Car, comme le dit Kelvin, le psychologue, à sa « créature » : « Tu m’es plus chère que toutes les vérités scientifiques ».

Cette histoire est très complexe, d’une complexité que j’adore. La manière de filmer de Tarkovski est bien adaptée à cette complexité. Il faut un effort intellectuel pour regarder le film. L’image de fin vous offrira bien plus qu’une récompense de votre effort ; à condition d’avoir vu le film avant.

Quand on sait que Lem ne laissait rien au hasard, on sourit au nom de Kelvin attribué à son personnage principal. Sir Williams Thomson, lord Kelvin (1824-1907), était un grand scientifique dont les études géophysiques sur les marées terrestres sont restées fondamentales. (C’est de lui que vient le degré Kelvin, dont le 0 °K est le zéro absolu).

Voilà de la science-fiction !

 

[1] Cet article a été rédigé le 2 novembre 2002 pour le magazine Sfmag, voir dans la rubrique critiques de films mon opinion sur ce film.

 

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Philip K. Dick et la schizophrénie

Un auteur prétend avoir vu Dieu,

mais ne peut expliquer ce qu’il a vu.[2]

 

Dick a habité longtemps à Berkeley dans la région de San Francisco. Berkeley avait la réputation d’une ville “rouge”, dans le sens politique du terme. Il est curieux de faire le rapprochement avec un philosophe du 18ème siècle, l’évêque Berkeley justement et qui avait rédigé un texte paru en 1710 dans lequel il affirmait que la réalité n’existe pas, seuls nous existons nous les humains à travers l’idée que nous nous faisons de cette réalité. Cet évêque est fort connu, justement, par les militants communistes qui ont lu le livre de Lénine “Matérialisme et empiriocriticisme” publié aux éditions de Moscou, livre philosophique dans lequel le révolutionnaire utilise les arguments de l’évêque Berkeley pour mieux les contrer. Ne croirait-on pas se trouver dans un de ces livres de Dick où la réalité dépasse la fiction ?

Dans En attendant l’année dernière, une machine-taxi déclare : “La vie se compose de configurations de réalité[3] ainsi configurées”. Voilà donc une prise de parti philosophique exprimée par une machine, mais chez Dick, on confond souvent la machine et l’homme. Cette prise de parti n’est pas nouvelle car, en dehors de l’évêque Berkeley, elle fut exprimée par de grands philosophes comme Kant ou Hegel.

Parano et de bonnes raisons de l’être !

Nous ne savons pas encore si Dick était schizophrène, car, si nous disions que le fait de croire que la réalité n’existe pas ou qu’il en existe plusieurs implique la schizophrénie, nous devrions en conclure que Kant ou Hegel l’étaient.

Par contre, Dick avait de très bonnes raisons d’être paranoïaque, comme tous ceux qui le sont. Et n’oublions pas que la paranoïa n’existe pas sans la culpabilité...

Dick perd sa sœur jumelle Jane[4] lorsqu’il était tout bébé. Ses parents se séparent alors qu’il était encore tout petit. Sa tante était schizophrène et sa mère Dorothy n’était pas bien nette pour avoir laissé mourir la sœur jumelle de l’écrivain. Son père le terrifia un jour en mettant son casque lourd et son masque à gaz qu’il avait conservés depuis la première guerre mondiale à laquelle il avait participé. Sans doute cette anecdote a-t-elle inspiré à Phil sa nouvelle Le père truqué.

A l’âge adulte Dick a épousé une gauchiste, Klea. Celle-ci ayant été repérée par le FBI, le couple recevait régulièrement la visite de deux de ses agents qui leur faisait remplir des questionnaires. D’autre part, alors que ses revenus étaient très faibles, il subit un contrôle fiscal ! Etait-il dû au fait qu’il avait signé une pétition appelant à refuser de payer les impôts en signe de protestation contre la guerre du Vietnam ?

L’écrivain, qui décida très tôt de consacrer uniquement son temps à l’écriture, connut les psychiatres tout enfant. Il en avait une telle pratique qu’il se vantait de rouler dasn la farine n’importe lequel d’entre eux.  Après Klea, il épousa Anne, à qui il fit quatre enfants et qui se fit avorter du cinquième sans l’accord du papa. Ce dernier finit par faire enfermer sa femme pour schizophrénie, ce qui est le comble de la réussite pour un paranoïaque, mais qui aggrava sa santé mentale par le développement d’une profonde et durable culpabilité .

Médicaments et drogues

Dick prenait beaucoup de médicaments, toujours pour faciliter son existence (comme tout le monde d’ailleurs...) Comme ses oeuvres rapportaient peu, il devait écrire beaucoup et prenait donc des amphétamines à hautes doses ce qui produisait une profonde anxiété qu’il soignait avec des tranquillisant. Il se procurait ses médicaments auprès de dealers dans la rue. Il eut un passage de consommation de drogues dures après le départ de sa deuxième femme Anne. Mais jamais il n’en a fait un manifeste littéraire.

Le monde existe-t-il ?

Le schizophrène (le vrai ?) ne se pose jamais cette question. Comme le dit Dick dans Glissement de temps sur Mars : “Un schizophrène a accès au futur car plongé dans un éternel présent.” Dans la mesure où Dick se la pose il n’est pas schizophrène. D’ailleurs n’est-il pas légitime de se poser la question de savoir si le monde est bien tel que nos sens nous le transmettent ? En effet, si nous en restions à ce que nous disent nos sens, sans se poser aucune question, nous croirions toujours que la Lune est un disque plat, de même que la Terre, nous ignorerions l’existence du monde microscopique et de l’infiniment petit, nous ignorerions même l’existence de l’air ! etc.

Tout simplement, Dick faisait partie de ces gens “qui cherchent une signification à ce qui n’en a peut-être pas, une réponse à ce qu’il est déjà hasardeux de considérer comme une question.”[5] Comme il ne trouvait pratiquement aucune réponse à ses questions malgré sa grande culture, il en vint à utiliser le Yi-King, livre des transformations chinois, jeu “philosophique” qu’il utilisa pour progresser dans l’intrigue lorsqu’il écrivit “Le Maître du Haut château”, puis, plus tard... la religion.

Schizophrène ou schizoïde ?

Le grand psychanalyste Jacques Lacan avait une définition bien à lui de la schizophrénie, définition que n’aurait pas reniée Phil Dick : “(pour le schizophrène) tout le symbolique est réel” Ainsi dans La transmigration de Timothy Archer, Phil raconte un dialogue entre un évêque (certainement l’évêque Pike que Dick a bien connu) et un schizophrène. Constamment l’évêque tente de ramener la conversation à l’abstrait (conversation qui porte sur l’automobile) et constamment le schizo la ramène à une automobile concrète. Pour ce dernier l’abstraction n’existe pas.  Comme le souligne Phil lui-même : “Rien n’existe en général ! Il n’existe que des choses particulières...” Voilà qui aurait plu à Marx lui-même qui expliquait dans La Sainte famille que la “construction spéculative” (il veut parler ici de la philosophie de Hegel) explique que le monde réel est créé à partir du “Mystère” de “l’idée”... etc. Et ça c’est du Dick, comme il l’écrit dans sa meilleure nouvelle La Fourmi électronique : “La réalité objective est une construction de synthèse, qui part d’une généralisation hypothétique fondée sur une multitude de réalités subjectives”. Ou dans son discours de Metz : “L’écrivain n’a pas inventé la chose (NDLA : l’idée), mais au contraire, elle l’a inventé lui.”

Manifestement, notre Maître était schizoïde et ne s’en cachait d’ailleurs pas, puisqu’il avait écrit dans une œuvre jamais publiée : “En fin de compte, il n’est pas vraiment schizophrène, mais pour ainsi dire à moitié schizophrène : à demi scindé. Son œuvre le rattache encore à la réalité.”[6] Eh oui ! Seule son œuvre a empêché Dick de sombrer dans la schizophrénie.

Une œuvre schizophrène

Car, il a transféré sa schizophrénie dans son œuvre. Comme il a pu la transférer à sa femme Anne. Ainsi, l’a-t-il lui-même en quelque sorte avoué au psychiatre de l’hôpital où sa femme a été hospitalisée : “M. Dick estime que des deux époux, c’est lui le malade mental, et qu’il faudrait l’hospitaliser car il est peut-être schizophrène.[7]Le Dieu  venu du Centaure est bien qualifié par son auteur lui-même de “grand roman de l’acide”... Mais quand il l’avait écrit, il n’en avait jamais pris ! Or, comme certains psychiatres l’avaient affirmé, le LSD25 permet de savoir de l’intérieur ce qu’était la folie, qu’il est le “simulateur de schizophrénie”. Dick ne manqua pas de l’essayer sur lui-même ce qui ne lui fit pas que du bien.

La créature proprement schizoïde dans son œuvre est bien l’androïde. Il dit lui-même que la personnalité androïde est une personnalité schizoïde. Il définit son roman Blade runner[8] comme un “traité de théologie cybernétique”. Dans La fourmi électronique, l’androïde (qui apprend qu’il l’est suite à un accident), essaie de rompre avec la réalité en trafiquant son “ruban de réalité”. A la fin de l’histoire, le lecteur de la nouvelle comprend que ce n’est pas l’androïde qui rompt avec la réalité mais la réalité elle-même qui disparaît ! Lorsqu’il ne put plus utiliser sa femme comme réceptacle de sa schizophrénie latente, lorsque son œuvre commença à se tarir, et ne joua plus ce rôle, il trouva un autre moyen de transfert de sa folie : la religion. Dans sa préface de Au Bout du labyrinthe il explique qu’il a inventé dans ce livre une nouvelle théologie. Il finit même par se prendre pour un prophète et attribua une origine divine aux rafales d’informations qui mitraillaient son cerveau depuis 1974.[9]

 

L’œuvre de Philip Kindred Dick, n’est pas l’œuvre d’un schizophrène, mais c’est une œuvre schizophrène qui a permit à son auteur de ne jamais vraiment le devenir...

Phil Dick n’a jamais voulu se laisser aller à être comme le commun des mortels. Il a cherché tous les moyens de connaître le monde. Mais sa paranoïa le conduisait à lui rendre ce monde invivable et à le refuser...

C’est aussi la souffrance de ce refus qu’exprime son œuvre.

 

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Confessions d’un barjo.

Et les romans mainstream de Dick…

 

Le seul film français qui a adapté une œuvre de Dick, l’a fait à partir d’un roman mainstream (comme on dit là-bas, ou un roman de littérature générale, comme certains disent ici…)

Disons tout de suite que chez Dick, la différence est minime, voire inexistante. Ainsi, voici ce qu’il écrivait concernant la « différence » entre le fantastique et la SF : Le fantastique implique des chose généralement considérées comme impossibles, et la science-fiction des chose généralement considérées comme possibles sous certaines conditions. Autant dire qu’à la base, la différence est purement subjective.[10] Dans sa lettre à John Betancourt (14 mai 1981) il dit même carrément : Et maintenant, comment distinguer la science-fiction du fantastique ? C’est impossible (…) Voir également plus bas dans cette article l’appréciation de Dick sur ses romans mainstream, qu’il qualifie de surréalistes ! Chez Dick toutes ces considérations de classification sont vaines. Dans son essai « Comment construire un univers qui ne s’effondre pas deux jours plus tard », Dick explique comment les personnages et les événements de son roman « Coulez mes larmes dit le policier » se sont avérés exister réellement. L’auteur y retrouve même à posteriori des passages de la bible qu’il n’avait jamais lus ! Il est extrêmement complexe et certainement fastidieux d’essayer de résumer ce que dit Dick de ce phénomène. Voici ce qu’il utilise de chez Héraclite, en guise d’explication : La structure latente domine la structure évidente.[11]

 

Des œuvres largement méconnues

Le seul problème qu’il a rencontré fut que les éditeurs refusèrent longtemps de publier ces œuvres mainstream, car eux faisaient la différence. Ainsi l’écrivain put vivre de sa plume uniquement grâce à ses écrits de SF. Pourtant, il fut aussi productif dans les deux genres. De 1952 à 1958 il écrivit huit romans réalistes : « Voices from the street  (1952-53), Mary and the giant (1953-55, paru aux USA en 1987 ( !) et en France en 1994 sous le titre “Pacific park”), A time for George Travos (1955, perdu), Pilgrim of the Hill (1956, perdu), The broken bubble of Thisbe hotel (1956, paru aux USA en 1987 sous le tire “The broken bubble” et en 1993 en France sous le titre “La bulle cassée”), Puttering about in A small land (1957, paru aux USA en 1985 et en France en 1993 sous le titre “Mon royaume pour un mouchoir”), Nicholas and the Higs (1957, perdu) et In Milton Lumky territory (1958, paru aux USA en 1985 et en France en 1993 sous le titre Aux pays de Milton Lumky). [12]

Ouf ! Cela en fait non ?  Avez-vous noté que parmi ces huit œuvres, trois sont PERDUES !!! et une n’a pas encore été publiée ? Et toutes celles qui ont été publiées l’ont été après la mort de l’écrivain. Les sources proviennent de Paul Williams, l’exécuteur testamentaires littéraire de Dick qui a classé ses œuvres en fonction de leur date de réception à l’Agence littéraire Scott Meredith. On a donc accès à la fiche résumé de ces œuvres et la note donnée par l’agence, même quand ces œuvres ont été perdues.

Il faut savoir également qu’en 1974, Dick se sentant mourrant, fit don de ses manuscrits à la bibliothèque universitaire de Fullerton en Californie. Et voici ce qu’écrit Marcel Thaon dans le « Livre d’or de la SF » consacré à Dick : (…) la bibliothèque est gardée par des êtres étranges qui pensent que les livres sont faits pour rester cachés à la vue du public, le regard usant le papier. Et de citer deux autres titres de Dick : « The man whoseteeth were all alike – Gather yourselves together »

 

Confessions d’un barjo

Revenons donc à « Confessions d’un barjo ».

Dick était le frère jumeau de Jane, sa sœur morte peu après sa naissance. On sait que chez les jumeaux, l’un d’eux est toujours « écrasé » par l’autre au sein de la maman. Ce fut le cas de Jane et Philip en fut toujours culpabilisé.

Ce roman met donc en scène un jumeau avec sa sœur…

Il a été refusé par l’éditeur Harcourt Brace. Pourtant Lawrence Sutin le juge comme meilleur roman hors genre que Dick ait jamais écrit (..)[13] L’éditeur Knopf l’aurait édité à condition que Dick le récrive. Ce qu’il refusa de faire. Non pas que je refuse, mais j’en suis tout bonnement incapable. Ecrivit Dick dans une lettre à sa troisème femme Anne. C’est Entwhistle Books qui le publia en 1975.

Permettez-moi de citer encore Lawrence Sutin : « Confessions » est le premier roman de Dick à appliquer dans toute sa démesure le principe des points de vue narratifs multiples. Lui-même avait défini devant Anne ses œuvres réalistes antérieures comme « confinant au surréalisme. »

Ce roman est très biographique. D’ailleurs Dick a fait des annotations dans ce sens sur l’exemplaire qu’il a dédicacé à Chris Arena.

Et voici comment le dictionnaire « Ciné guide 20 000 » résume le film : Un « barjo » provoque des catastrophes en chaîne dans le ménage de sa sœur jumelle. Est-il besoin d’en dire plus, une fois le contexte éclairé ?

 

Quelques romans à découvrir ou impossible de le faire[14]

Au pays de Milton Lumky

UGE 10/18 1992.

Terriblement noir. Un vrai polar dans lequel trois personnages essaient de savoir qui ils sont.

Ils échoueront.

Bulle cassée

UGE 10/18 19993

Éternels problèmes de couples. Les êtres humains sont imparfaits physiquement et mentalement. Donc, il y a des problèmes.

Dick : J’y prends le parti des individus les plus malheureux, les plus vulnérables et les plus faibles de la société : les adolescents.

Mon royaume pour un mouchoir

UGE 10/18 1993.

Pacifik park

UGE 10/18 1994

Un roman grevé de défauts mais qui reste fascinant. Un personnage féminin qui lutte pour sa dignité malgré les violences subies.

Au tour de George Stravos

Un roman perdu. Mais une lectrice (J.B.) de l’agence littéraire en a rédigé un synopsis :

Ça ne me plaisait pas la première fois, et ça ne me plaît toujours pas. Roman interminable, morne et plein de digressions contant l’histoire d’un immigrant grec de soixante-cinq ans doté d’un fils poule mouillée et d’un autre qui lui est indifférent, plus une épouse qui ne l’aime pas (elle le trompe d’ailleurs).

Voici ce qu’en dit Dick lui-même : Il n’existe pas de mauvais tour que les méchants puissent jouer aux bons et qui ait un jour une chance de réussir ; les bons sont protégés par Dieu, ou au moins par leur vertu. (1960)

L’homme dont les dents étaient toutes exactement semblables

Joëlle Losfeld 2000.

L’histoire de deux couples malheureux en mariage. (Dick en sait quelque chose).

L’auteur était d’accord sur la nécessité de remanier ce texte publié en France en 1989.

Humpy dumpy à Oakland

Joëlle Losfeld 2001.

Dick : (ce livre) visite le prolétariat de l’intérieur. La plupart des romans traitant de ce sujet sont en réalité écrits par des représentants de la classe moyenne.

La fille aux cheveux noirs

Gallimard Folio/sf 2002

Un recueil des textes de Dick qui mettent en scène la fameuse fille aux cheveux noirs que l’on retrouve partout dans son œuvre.

 

2 Citation de Dick dans son fameux discours de Metz : Si vous trouvez ce monde mauvais vous devriez en voir quelques autres.(1977)

3 Il faut bien noter que réalité est au singulier...

4 D’où la personnalité scindée dont Dick s’affuble lui-même.

5 Je suis vivant et vous êtes mort. Emmanuel Carrère – Le seuil Points. Page 55. Une biographie pas très obligeante pour l’écrivain…

6 Fawn, Look Back, œuvre inachevée 1980 citée par Lawrence Sutin dans sa biographie de Dick Invasions divines .(Folio/SF)

7 Recueilli dans le dossier médical d’Anne Dick avec son autorisation.

8 Le titre d’origine est Les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?

9 Cité dans Je suis vivant et vous êtes morts.

10 Cité par Lawrence Sutin dans sa bio de Dick publiée en France sous le titre « Invasions divines » chez Folio/SF page 181.

11 Suivi de la deuxième phrase non citée par Dick : Mais c’est l’opinion qui règne partout. Voir également dans ce numéro de Sfmag mon article sur Dick et la schizophrénie.

12 Idem.

 13 Idem page 243.

14 Toujours à partir du formidable livre de Lawrence Sutin « Invasions divines » publié chez Folio/sf et à lire absolument.

 

 

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Marie Céleste bateau maudit

 

Oui, les vaisseaux fantômes ont existé. On en trouve les preuves dans « le livre des navires perdus »…

Ce livre (un vrai livre en « chair et en os » si je puis dire…) est celui qui est tenu par la Lloyd’s, célèbre compagnie d’assurance créée par Edward Lloyd, qui n’était pas du tout un grand capitaliste, mais un simple tenancier de Pub situé Tower Street à Londres. L’aventure commença en 1688. Ce type est devenu petit à petit, par passion de la mer et des marins, l’informateur et l’entremetteur officiel à propos des navires perdus. Et il ouvre ce fameux livre et engage même un clerc pour le tenir. Cet homme fut donc le premier à avoir eu l’idée de recenser les accidents et les drames de la navigation. Et il finit par créer cette célèbre institution qui existe toujours. Il meurt en 1713.

C’est donc dans ce livre que l’on prend connaissance des aventures de la Marie Céleste.

Ce brick-goélette de 282,28 tonneaux, de 31 mètres de long, fut dès le départ un bateau maudit. Un de ces bateaux qui sont, disent les marins, conduits par le capitaine Davy Jones, nom dont le diable était affublé par les gens de la mer. D’abord elle s’appela L’Amazone. Suite à de nombreux accidents, elle finit par échouer sur l’île du Cap-Breton, fut renflouée et rebaptisé « Marie Céleste », en essayant ainsi de conjurer le mauvais sort. Mais le Diable veillait et les malheurs continuaient.

Tout commença par une engueulade entre Briggs, le capitaine de la Céleste et son second Hullock. L’harmonium de la femme du cap’tain l’avait écrasée lors d’un roulis particulièrement violent et Briggs accusait son second… La démence de Briggs fut contagieuse, et un tribunal s’improvisa. Ils condamnèrent… l’harmonium à mort et le jetèrent à la mer. Le lendemain il arrive ce que craignent tous les marins : le vaisseau heurta une épave !  L’avarie fut minime et personne n’eut besoin de s’introduire dans les restes, ce qui évita d’y découvrir bien des horreurs qu’on découvre habituellement dans ce genre d’objet maritime. A partir de ce moment, le capitaine Briggs disparut avec sa fille (une enfant…) Un dénommé Venholt accusa Hullochk et ce dernier le jeta à la mer ! Ensuite ils ratèrent leur rendez-vous avec  Deo Gracias qu’ils croisèrent le 4 décembre 1872, quelques jours plus tard. Un navire sans capitaine vaut de l’or pour celui qui le « recueille ». Ce que fit Moorehouse, l’ami de Briggs. Constat d’abandon, car les seuls hommes d’équipage restant étaient ceux prêtés par Moorehouse… et ce dernier pris possession du brick. Il toucha l’assurance (ce qui explique que les détails de l’affaire soient retranscrits dans le fameux livre…)

Le 3 janvier 1885 la Marie Céleste entra dans le golfe de Gonave à Haïti. La capitaine Parker choisit le mauvais chenal et emmena volontairement le brick à s’empaler dans le récif de corail nommé banc du Rochelois. Puis, il fit arroser le navire échoué avec du pétrole et on y mit le feu.  Voilà comment les capitaines courageux et superstitieux terminaient la carrière d’un bateau maudit ! La capitaine fut condamné, un des marins devint fou et un membre de la compagnie se suicida…

Vous pouvez encore aller plonger sur le banc du Rochelois vous y verrez les restes calcinés de la Marie Céleste…

 

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Lovecraft et la nature

 

 

 

Lovecraft s’est mis lui-même en scène avec son personnage d’Herbert West, le réanimateur de cadavre. Dans cette œuvre, il affiche donc ses convictions philosophiques : “ West était matérialiste. Il ne croyait pas à l’existence de l’âme et attribuait tous les effets de la conscience à des phénomènes physiques. ”

 

La nature joue un rôle important dans l’œuvre de Lovecraft. Elle annonce une présence maléfique quand elle prend une forme inhabituelle de dégénérescence, ou même terrifiante. C’est le cas dans la nouvelle “ La Couleur tombée du ciel ”. Cette histoire est particulièrement moderne puisqu’elle raconte une pollution abominable d’un puits par une entité extraterrestre. Ce thème a été ensuite beaucoup utilisé par les scénaristes de films de terreur, notamment un sketch de “ Creepshow ” dans lequel Stephen King joue le rôle d’un pauvre paysan contaminé par une météorite tombée du ciel.

“ A l’ouest d’Arkham s’érigent des collines farouches, séparées par des vallées plantées de bois profonds dans lesquels nulle hache n’a jamais pratiqué de trouée. ”

Voilà la nature sauvage décrite par Lovecraft.** Cette nature est menacée — et là encore, cette menace représente à notre époque une curieuse actualité : “ ... La moitié des vallées aura été inondée pour constituer le nouveau réservoir (...) la lande foudroyée sommeillera sous les eaux profondes. ” Cette idée d’une entité qui “ sommeille ” dans des profondeurs aquatiques est très chère à Lovecraft...

Une lueur est donc tombée dans le puits de fermiers. Cette lueur a d’abord un effet bénéfique : elle donne aux plantes une vigueur particulière et elles produisent de magnifiques fruits. Mais... “ Dans l’exquise saveur des pommes et des poires s’était insinué une répugnante amertume (...) : ... la météorite avait empoisonné le sol. ”

La “ transformation ” terrifiante des créations de la nature a commencé : “ ... Des empreintes habituelles d’écureuils, de lapins blancs et de renards ; toutefois, le fermier jura qu’il y avait quelque chose d’anormal dans leur dimension et leur disposition... ”, jusqu’à l’horreur dans toute sa splendeur : “ Ce fut la végétation qui les épouvanta. Tous les arbres du verger se couvrirent de fleurs aux teintes bizarres (...) ”

 

Attention, ne croyez pas que ces transformations sont dues à des “ entités ” divines ou diaboliques. Pas du tout. Lovecraft est matérialiste à fond, c’est cela d’ailleurs qui rend ses nouvelles terrifiantes, car on pourrait presque y croire. Dans “ La Maison de la sorcière ”, il explique : “ ... L’existence possible de courbures capricieuses de l’espace et (...) des points de contact théoriques entre notre partie du cosmos et diverses régions transgalactiques ou extérieures au continu espace-temps d’Einstein. ”  C’est dans ce court roman qu’il met en scène une créature, un monstre de la nature : “ Cette créature de la taille d’un gros rat, baptisée “Brown Jenkin” par les gens de la ville, semblait être le fruit d’un cas remarquable d’hallucination collective... ” Mais pourtant, il existe, il existe !

Les engoulevents annoncent toujours qu’il va se passer quelque chose de terrible : “ ... Les indigènes (Lovecraft appelle toujours ainsi les habitants de la région... ) ont une peur effroyable des nombreux engoulevents qui donnent de la voix au cours des nuits chaudes. A les en croire, ces oiseaux sont des psychopompes qui guettent les âmes des agonisants et rythment leurs cris étranges sur le souffle haletant des malades prêts à trépasser. S’ils parviennent à saisir l’âme au moment où elle quitte le corps, ils s’envolent sans plus tarder en poussant des ricanements démoniaques. ” Notons au passage qu’ici l’âme existe, et qu’elle quitte le corps. Mais cette séparation de l’âme et du corps est rare chez Lovecraft. A la lecture de cet extrait, on voit bien de qui Stephen King a tiré son nuage d’oiseaux dans “ La Part des ténèbres ”... Plus loin, toujours dans “ L’abomination de Dunwich ” dont la précédente citation était extraite : “ ... Une légion innombrable d’engoulevents qui criaient leur interminable message sur un rythme diaboliquement synchronisé avec la respiration de l’agonisant. ”

Les “ animaux ” les plus terrifiants restent, chez Lovecraft, les “ Grands Anciens ”. Ce ne sont pas des dieux, non ! mais des créations naturelles. D’ailleurs, les héros de cette histoire réalisent une autopsie du corps de l’un d’eux ! Voici comment il les décrit dans “ Les Montagnes hallucinées ” : “ Toutes les hypothèses concernant les membres et les organes extérieurs étaient exactes et permettaient de conclure que le sujet appartenait au règne animal ; par contre, l’examen des organes internes révélait tant d’éléments végétaux que Lake n’y comprenait plus rien. Cette créature possédait un appareil digestif et circulatoire. Elle éliminait les déchets par les tubes rougeâtres situés à sa base. L’appareil respiratoire s’avérait extrêmement curieux : il présentait certaines cavités destinées à emmagasiner de l’air, et la respiration pouvait s’opérer soit par un orifice extérieur, soit par deux systèmes très développés de branchies et de pores. De toute évidence, la créature était amphibie et pouvait également subir de longs hivernages sans air. ” Je m’arrête là, mais la description se poursuit encore longuement, surtout pour démontrer la prodigieuse intelligence de la créature.

Dans la nouvelle “ L’indicible ”, le héros trouve des ossements sous le toit et “ si ces ossements provenaient tous du même être, ce devait être une folle monstruosité. ”

Voilà donc la source de la terreur : ce qui est anormalement monstrueux dans la nature n’est qu’un signe que des entités d’un autre monde, dans lequel les lois de la nature, non seulement sont différentes des nôtres, mais sont également terrifiantes, apparaissent chez nous. Ainsi, Ward, dans “ L’affaire Charles Dexter Ward ” écrit une lettre dans laquelle il montre sa crainte : “ J’ai mis au jour une monstrueuse anomalie, pour l’amour de la science. A présent pour l’amour de la vie et de la nature (souligné par moi), vous devez m’aider à la rejeter dans les ténèbres. ” Dans le même roman on rencontre : “ L’entité prisonnière (qui) de toute évidence (...) n’avait pas été créée par la nature, car elle n’était pas finie et nul ne saurait décrire ses proportions anormales. ”

Lovecraft aime décrire des monstruosités, en ce sens qu’elles sont, non pas surnaturelles, mais extranaturelles, qu’elles font partie d’un autre monde dans lequel les lois naturelles sont différentes, ce qui fait dire à l’auteur, dans “ Celui qui chuchotait dans les ténèbres ” : “ Le contact avec le fantastique est presque toujours terrifiant. ” Voici les monstres du “ Cauchemar d’Innsmouth ” : “ Ils étaient de couleur verdâtre et avaient le ventre blanc. Leur peau semblait luisante et lisse, mais leur échine se hérissait d’écailles. Leur corps vaguement anthropoïde se terminait par une tête de poisson aux yeux saillants toujours ouverts. Sur le côté de leur cou s’ouvraient des ouïes palpitantes, et leurs longues pattes étaient palmées. ” Des personnages que l’on a également rencontrés souvent dans les innombrables séries B du cinéma, et aussi dans certaines séries télévisées comme la toute récente “ SPACE 2063 ”...

Ce sont aussi des phénomènes naturels qui permettent la réapparition de la faune particulière du monde des Grands Anciens. Il y a le tremblement de terre bien connu de tous dans la mythologie lovecraftienne, mais aussi l’inondation, comme dans “ Celui qui chuchotait dans les ténèbres ” : “ (Lors de) l’inondation sans précédent qui eut lieu dans l’état du Vermont, le 3 novembre 1927, (...) des histoires bizarres mentionnant la découverte de certaines créatures inconnues flottant sur les eaux de quelques rivières en crue. ”

Enfin , dans “ La tourbière hantée ”, à la fin, “ Les eaux stagnantes (...) débordaient maintenant d’une horde d’énormes grenouilles visqueuses dont les cris aigus et incessants contrastaient étrangement avec leur taille. Brillantes, vertes et bouffies, elles semblaient contempler le clair de lune. ”

Mais Lovecraft s’intéresse aussi beaucoup à la flore. Il consacre même entièrement une nouvelle à son représentant le plus prestigieux. Ce texte a pour titre : “ L’arbre ” ! Il s’agit d’ “ un  olivier d’une taille surnaturelle et d’une forme singulière. Il ressemble au corps d’un être humain figé dans son dernier sommeil. ” On se doutait qu’il ne pouvait s’agir d’un arbre ordinaire, mais d’un végétal en rapport avec la “ divinité ” préférée d’Arthur Machen : “ Le redoutable Pan et (...) ses nombreux compagnons ” que Lovecraft n’a pas manqué d’emprunter à un écrivain qu’il admire. Il s’agit d’ailleurs d’une “ divinité ” liée à la nature qu’on ne trouve qu’à la campagne... Un autre arbre est effrayant, dans “ L’indicible ” : “ ... Le vieux cimetière d’Arkham... Les yeux fixés sur le saule géant de ce territoire réservé aux morts, dont les puissantes racines, puis le tronc, avaient presque englouti une dalle indéchiffrable, je m’étais permis une remarque bien personnelle sur les sucs fétides autant que subtils que l’inexorable réseau nourricier de l’arbre devait distiller de la terre séculaire de cet ossuaire. ” D’autres arbres, dans un autre cimetière, celui de “ La peur qui rôde ”, jouent le même rôle dans le décor : “ ... le cimetière familial où des arbres difformes étendaient leurs branches folles, pendant que leurs racines, soulevant hideusement les dalles, suçaient les sucs vénéneux du sous-sol. ” Le même arbre a “ des racines semblables à des serpents qui se tordaient méchamment avant de s’enfoncer dans le sol ”, et dans la même histoire, il y a une “ forêt de chênes monstrueusement nourris dont les racines en forme de serpent se tordaient, aspiraient d’innommables sucs dans la terre grouillante de démons cannibales... ”

Dans “ Celui qui hantait les ténèbres ”, “ Il était bien étrange que les plantes et les herbes qui poussaient autour de l’église fussent restées jaunes et flétries malgré la venue du printemps. ” Les champignons qui poussent dans la cave où est enterré le vampire ne se portent pas mieux : “ Ces champignons aussi grotesques que la végétation de la cour, avaient vraiment des formes horribles. C’étaient de repoussantes parodies d’agarics et de “pipes indiennes” dont nous n’avions jamais vu les modèles. ” Il s’agit de la cave de la nouvelle “ La maison maudite ”, construction bâtie sur un ancien cimetière “ oublié ”, ce qui nous fait penser que Tobe Hooper l’avait lue pour son film “ Poltergeist ”.

Il est vrai que cette flore monstrueuse contribue à rendre terrifiante l’ambiance du récit de Lovecraft. Ainsi, encore, dans “ La peur qui rôde ” : “ Il n’y avait pas de bêtes sauvages — elles se tiennent coites au voisinage de la mort. Les vieux arbres frappés par la foudre semblaient étrangement grands et tordus, et le reste de la végétation épais et chargé de fièvres, tandis que de curieux monticules et de petits tertres hérissaient la terre volcanique couverte d’herbes folles, évoquant des serpents et des crânes humains de proportions gigantesques. ”

 

Pour terminer cette parade grotesque des monstruosités de la nature lovecraftienne, je citerai encore notre cher écrivain de Providence : “ La science, dont les terribles révélations déjà nous accablent, sera peut-être l’exterminatrice définitive de l’espèce humaine — en admettant que les êtres appartiennent à des espèces différentes — et si elle se répandait sur la terre, nul cerveau n’aurait la force de supporter les horreurs insoupçonnées qu’elle tient en réserve. ” (Dans la nouvelle “ Arthur Jermyn ”)

Ah ? C’est donc que la nature même cache les plus “ indicibles ” des horreurs ?

C’est là le pessimisme profond de Lovecraft...

 

 

** Ces descriptions de paysages sont certainement inspirées de celles d’Arthur Machen comme pourrait en témoigner cet extrait de sa nouvelle “ La Main rouge ” (1906) : “ Les contours des bois et des collines, les méandres des ruisseaux au creux des vallées, sont susceptibles d’imprégner de mystère un esprit particulièrement imaginatif. (...) Lorsque j’étais encore enfant, la vaste étendue de certaines collines arrondies, la profondeur de certains bois suspendus et de vallées secrètes encerclées de toutes parts, me remplissait d’imaginations dépassant toute expression rationnelle ; (...) ”

 

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Docteurs de l'horreur !


 

Autrefois on appelait cela un "savant". La plupart du temps un homme qui "savait" beaucoup de choses. Au Moyen Age, ce personnage était personnifié par l'alchimiste. Quelqu'un qui recherchait les secrets de la Nature contre vents et marées, contre l'Eglise et ses lois ; c'était le cas aussi du magicien qui pensait que la nature était de nature magique. L'alchimiste se considérait comme un être supérieur dont l'adage était : "Lege, lege, relege, ora, labora et invenies".(1) Mais l'Eglise finit par craindre l'alchimie, ainsi le pape Jean XXII (souverain pontife de 1316 à 1334) lança une Bulle d'excommunication contre tous ceux qui cultivaient l'art transmutatoire et l'Inquisition brûla un certain nombre d'alchimistes.(2) L'alchimiste expérimentait sur son athanor, ce fourneau diabolique. Chercheur inlassable il ne cédait qu'à la mort, et encore, léguait-il ses recherches à ses successeurs. Jusque dans les années soixante, l'image du laboratoire, et notamment, du laboratoire de chimiste avec ses cornues, ses réfrigérants et ses liquides colorés, restera lié dans la fiction, aux secrets de la vie, secrets que seul Dieu pouvait détenir. Puis vint Lavoisier(3) qui remit de l'ordre dans tout cela et affirma que"rien ne se perd et rien ne se crée, tout se transforme". Du coup, la science devint elle-même une composante fantastique dans l'imaginaire populaire. Le scientifique était donc capable de transformer. Voilà qui était pire que créer. Aujourd'hui, le savant sait transmuter la matière grâce à la science de l'atome. Les alchimistes n'avaient-ils pas raison ?

Le premier scientifique de la mort : le docteur Frankenstein...



Le premier grand personnage de fiction, un vrai savant, fut le docteur Frankenstein. Ce personnage du roman de Mary Shelley est devenu réellement célèbre, grâce, notamment au cinéma. Comme personne ne donna de nom à la créature créée par Frankenstein, on lui prêta le nom de son créateur. Mary Shelley, qui écrivit son roman à l'âge de 19 ans, utilisa les expériences scientifiques de l'époque pour écrire son livre. D'une part, son mari rêvait d'utiliser l'énergie de la foudre et d'autre part, Giovani Aldini réalisa des expériences de réanimation à Londres en 1802 - 1803. Cet intéressant personnage de Frankenstein fut rapidement éclipsé par le personnage de sa créature. Cette éclipse est surtout due au film de James Whale "Frankenstein" (1931) dans lequel le docteur est une pâle figure victime de ses recherches et le monstre, magistralement interprété par Boris Karlofff, occupe ainsi le devant de la scène. Cette image du pauvre jeune docteur dépassé par ses propres recherches est radicalement changée dans la série des"Frankenstein"de la Hammer, société anglaise de production qui réalisa des films d'horreur après la deuxième guerre mondiale. Ces films ont été pour la plupart réalisés par Terence Fisher. C'est Peter Cushing (1913 - 1994) qui interpréta ce rôle dans tous ces films, homme de science cynique qui poursuit un seul but : la réalisation de ses expériences infernales sans aucune considération morale ou éthique. Un personnage réellement subversif, car se fichant complètement de la société et des conséquences de ses expériences. Dans un de ces films, - je crois qu'il s'agit de "Frankenstein créa la femme" (1967) - le docteur infernal viole son assistante !

Le professeur Quatermass, et la terreur venue du cosmos.



Il faut dire que la Hammer avait déjà contribué largement à changer l'image un peu niaise du scientifique avec sa série des "Professeur Quatermass". Ce dernier, dans le premier film de la série : "Le monstre" (1955) de Val Guest, envoie une fusée dans l'espace. Mal lui en a pris car cet engin rencontre une entité (lovecraftienne) qui tue les passagers sauf l'un d'entre eux qui revient avec en lui toutes les données de sa future transformation en monstre. Ici, le professeur joue un personnage impitoyable, seulement motivé par ses recherches et totalement dénué de tout scrupule dans la mesure où ses recherches sont en jeu. Ce trait de caractère se poursuit dans les deux films suivants : "La Marque" (1957) de Val Guest, dans lequel les extraterrestres (toujours aussi lovecraftiens) installent des bases sur Terre, et "Les Monstres de l'espace" (1967) de Roy Ward Baker, dans lequel on trouve un vaisseau spatial enterré lors du creusement du tunnel de Londres ; et devinez ce qu'on trouve à l'intérieur de cet artefact ?... un monstre lovecraftien bien sûr ! C'est que l'influence de Lovecraft dans ces films ne se limite pas à la présence de monstres. N'oublions pas que cet écrivain américain était un matérialiste convaincu, et que la science joue un rôle déterminant dans son oeuvre. Sa mythologie est basée sur l'existence matérielle d'êtres incroyables. Cette matérialité, il la pousse jusqu'à décrire une autopsie d'un "Grand Ancien" dans "Les Montagnes hallucinées"! Ce thème de la terreur venue du cosmos est magistralement traité dans le film "Event Horizon" (1997) de Paul Anderson, dans lequel le scientifique créateur du fabuleux vaisseau spatial sera le vecteur de la folie destructrice des monstres de l'au-delà. On ne triture pas dame Nature impunément !

D'autres scientifiques de la mort...



Lovecraft a aussi mis en scène un scientifique maudit : Herbert West, réanimateur. On peut aisément voir Lovecraft lui-même dans ce personnage lorsqu'il le décrit de la manière suivante : "West était matérialiste. Il ne croyait pas à l'existence de l'âme et attribuait tous les effets de la conscience à des phénomènes physiques." Ce personnage, un étudiant en médecine qui découvre un produit qui réanime les morts, a été mis en scène par Stuart Gordon dans son film "Re-animator" (1985), film délirant mêlant sexe et gore (alors que Lovecraft détestait le sexe...). Le même Stuart Gordon a produit la suite de Brian Yuzna : "Re-animator 2" dont le titre anglais, "Bride of re-animator", rend hommage au film "La fiancée de Frankenstein". Dans ces deux films, c'est Jeffrey Combs qui joue le rôle d'Herbert West. Restons dans le domaine de la boucherie avec "Le Jour des morts-vivants" (1985) de George A. Romero. Il y met en scène le docteur Logan, dit "docteur Frankenstein". On le surnomme ainsi car il faisait des expériences sur les morts-vivants. Ces expériences étaient indispensables, car l'espèce humaine avait quasiment disparu, et le "bon" docteur tentait de redonner humanité à ces monstres affamés de chair humaine. Enfin, dans le domaine de la mort, ou plutôt de la non-mort, comment ne pas citer le professeur Van Helsing du roman de Bram Stoker "Dracula" (1897) ? Ce professeur est à la fois un détective de l'étrange et un"scientifique de l'irrationnel", un érudit qui connaît les vampires, leur nature et la manière de s'en débarrasser. Et quand on observe bien le personnage du scientifique en général dans les fictions fantastiques et de science-fiction, c'est souvent quand il est"irrationnel"qu'il est positif, et au contraire négatif quand il est rationnel... Cet érudit de l'irrationnel est présent systématiquement dans les oeuvres de Graham Masterton, basées sur un mythe ou une légende qui donnent"un maximum de crédibilité à des scénarios parfois improbables".(4) Ne voit-on pas là une revanche de ceux qui ne savent pas contre ceux qui savent ?

Docteurs de la vie.



Le thème de donner humanité à ce qui n'en a pas, est traité par le chef-d'oeuvre de H. G. Wells : "Lîle du docteur Moreau" . (Première édition française en 1901) On se souvient de l'histoire : retiré sur une île, le docteur Moreau tente des expériences qui transforment les animaux en êtres humains. Mais la nature, une fois chassée, revient au galop. La bestialité reprend le dessus, malgré la tentative du docteur d'instituer de nouvelles lois qui interdisent tout acte bestial. Il est intéressant de noter l'évolution du personnage au cinéma depuis la première version (D'Erle C. Kenton en 1932) dans laquelle (comme dans le roman de Wells) la seule chirurgie est évoquée comme technique de transformation, jusqu'à celle de John Frankenheimer en 1996, dans laquelle le docteur joué par Richard Burton utilise les manipulations génétiques. On voit là que la technique importe peu (donc la vraisemblance scientifique a peu d'importance...), seule l'histoire est intéressante. Les manipulations génétiques conduisent à de sombres aberrations. Dans "Tarentula" (1955) de Jack Arnold, les expériences du savant fou conduisent à la création d'une araignée géante ; mais la science sera victorieuse contre elle-même, puisque cette araignée sera détruite par le... napalm, nouvelle arme découverte alors récemment. Mais cette terreur des manipulations génétiques n'a pas fini d'inspirer nos fantastiqueurs."Mimic"(1997) de Millermo Del Toro mer en scène des insectes mutants qui imitent l'apparence des hommes pour mieux les dévorer. Mais cette fois, le scientifique responsable de cette catastrophe est une femme, un grand tournant dans l'histoire des scientifiques dans la fiction fantastique, car jusqu'à présent on avait affaire à un homme ! Cette nouvelle mode avait déjà été inaugurée dans "Relic" (1997) de Peter Hyams. On a vu aussi une scientifique féminine dans "Peur Bleue" (1999) où elle transforme un requin dans le but de chercher des solutions médicales. Mais autrefois, c'était une autre terreur scientifique qui dominaient les histoires de science-fiction. C'était celle de l'atome. Il serait trop long de traiter ce problème dans toute son intégralité. Peut-être y reviendrons-nous. Citons tout de même deux raretés cinématographiques : "Dr Cyclops" (1940) d'Ernest B. Schoedsack, film dans lequel ce docteur à la très mauvaise vueréduit en miniature les êtres vivants grâce aux radiations atomiques, et, surtout, le très méconnu "L'horrible cas du docteur X." (1963) de Roger Corman, dans lequel ce pauvre docteur se voit ( !) muni d'une vue très spéciale aux rayons X ! Le pauvre... Ce dernier cas correspond à celui du scientifique qui fait une découverte sensationnelle, et qui l'expérimente sur lui-même avec de terribles conséquences. Le plus fantastique dans ce domaine est bien "La mouche", nouvelle de George Langelaan, adaptée deux fois au cinéma, la première fois par Kurt Neumann en 1958 et par David Cronenberg en 1986. Un savant invente un procédé de translation des corps d'une cabine à une autre. Hélas ! au moment où il expérimente sa découverte sur lui-même, il y a une mouche qui s'est introduite dans la cabine... Dans l'autre cabine c'est un mélange de mouche et d'homme qui se reconstitue ! Ah là là ! Dans le film de David Cronenberg, la présence de l'ordinateur et les découvertes génétiques rendent l'histoire encore plus crédible, car les deux êtres ne se rassemblent par morceaux comme dans la première histoire, mais ont leur gènes complètement imbriqués...
Voilà donc comment le cinéma et la littérature ont réussi à nous terrifier avec les"docteurs"... Cette terreur vient de loin. De l'époque moyenâgeuse où l'apparition du docteur en médecine signifiait l'approche de la mort. Lors des grandes épidémies de peste, leur tenue terrifiante ne pouvait que contribuer à cette terreur. L'évolution des sciences et des techniques n'a pas apaisé cette dernière. Au contraire. Elle a donné encore plus d'ampleur aux moyens humains de transformer la nature, en général, et celle de l'homme en particulier. Sacrés docteurs ! La prochaine fois je vous parlerai des psychiatres (ça vous dit quelque chose ?)...

NB. Pour les critiques des films cités et les analyses vous pouvez vous reporter au livre de l'auteur : "Fantastique et science-fiction au cinéma" (Naturellement - 2000)

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Assassins en série sur grand écran


James Wong, réalisateur de "Destination finale"


Promenons-nous dans les bois


 

Le premier serial killer à être présenté au cinéma fut Jack l'éventreur. Et pas par n'importe qui, par Alfred Hitchcock s'il vous plaît ! Ce film muet s'appelle "The Lodger" (le locataire...). Il date de 1926. Un petit chef-d'oeuvre méconnu... L'arrivée du locataire (qui sera soupçonné d'être Jack l'éventreur) dans la maison renvoie à Nosferatu (1922) de Murnau, film qui a dû influencer le jeune Hitchcock, mais à l'envers, car c'est le monstre qui arrive. Le film fait penser aussi à "Vampyr" (1929) de Carl Th. Dreyer avec les mouvements des personnages dans la maison, les portes qui s'ouvrent et se ferment. Malgré la lourdeur des caméras de l'époque, Hitchcok donne du mouvement aux plans en filmant au travers du pare-brise d'une camionnette de presse. Il utilise aussi la surimpression pour faire défiler les éléments du soupçon au travers des pas du locataire, imaginés au plafond par les personnages. Enfin, il a utilisé un procédé désormais devenu classique, celui de filmer le personnage par en dessous alors qu'il marche sur une plaque de verre. Un remake a été réalisé par John Brahm en 1944, tout aussi expressionniste. Ce film insiste plus sur le côté social de l'histoire en montrant le quartier populaire de Whitechapel où ont lieu les meurtres. Hitchcock aimera beaucoup les assassins en série car il les mettra encore en scène dans "Frenzy" (1972) par exemple, montrera en détail leurs motivations dans"La Corde"(1948), ou plutôt il y montrera leur manque de motivation, et créera le personnage de serial killer le plus célèbre dans "Psychose" (1960), une adaptation d'un roman du magnifique Richard Matheson, qui connaîtra deux séquelles cinématographiques et une télévisuelle. Il montrera aussi dans "L'Ombre d'un doute" (1943) que l'assassin peut faire partie de la famille ! Un autre chef-d'oeuvre réalisé par un autre grand maître met en scène un assassin d'enfant: "M le maudit" (1931) de Fritz Lang, film qui est une allégorie du plus grand serial killer de tous les temps : le nazisme... Le personnage est interprété par le grand Peter Lorre (1904-1964) qui fuira le nazisme en se réfugiant aux USA.

Le giallo.



Après la guerre, ce sont les Italiens qui ont maîtrisé la terreur du serial killer et ont ainsi créé un genre nouveau : le giallo ! Le grand précurseur fut, évidemment, le grandissimo Mario Bava, qui inaugura le genre avec son film "La Fille qui en savait trop"(1962), suivi par "Six femmes pour l'assassin" (1964). Giallo veut dire "jaune", de la couleur des collections de livres policiers. Bava passe de l'expressionnisme en noir et blanc de son premier film "Le Masque du démon" (1960, un film gothique) et de celui qui nous intéresse "La Fille qui en savait trop", à l'expressionnisme de couleurs avec "Six femmes pour l'assassin". Le titre "La Femme qui en savait trop" est un hommage direct à Alfred Hitchcock et son film "L'Homme qui en savait trop"(1934 et 1956, dans celui de 1934, on retrouve justement Peter Lorre). L'héritage artistique de Mario Bava fut repris par Dario Argento qui se spécialisa dans le giallo et la mise en scène expressionniste de couleurs des serial killer... De "L'Oiseau au plumage de cristal"(1969) au"Fantôme de l'Opéra"(1999) tous les films de Dario Argento cultivent l'horreur d'une série de meurtres dont les coups de couteau sont filmés en gros plan. C'est vraiment lui qui a inventé le slasher, même si on attribue cette création cinématographique au grand John Carpenter avec son chef-d'oeuvre "Halloween" (1978) qui montre l'assassinat vu avec les yeux de l'assassin. Cette nouvelle manière de voyeurisme avait déjà été terriblement mise en scène par Michael Powel dans son film qui s'appelle justement "Le Voyeur" (1959) dans lequel le "héros" assassine des femmes en filmant leur agonie. La caméra elle-même porte l'instrument de mort : le couteau !

Les séries de tueurs en série...



Mais ce fut Michael, le serial killer masqué qui connut la gloire avec plusieurs suites jusqu'à "Halloween vingt ans après il revient" (1999 : le cinquième du nom !) de Steve Miner. Cette manière de présenter l'horreur par de nombreuses séquelles fera également les choux gras des producteurs des nombreuses suites des aventures d'un autre serial killer célèbre, Jason dans"Vendredi 13"(1980 de Sean S. Cunnigham) qui connaîtra sept séquelles ! dont la dernière est amusante puisqu'on y voit des hommages à plusieurs films d'horreur. Dans le style des personnages récurrents, je mettrai à part un monstre terrifiant, l'horrible Freddy, assassin d'enfants qui hante le rêve des adolescents, qui a commencé sa carrière sous la direction de Wes Craven avec "Les Griffes de la nuit"(1984), l'a poursuivie dans cinq séquelles (pas moins, mais elles sont toutes intéressantes !) réalisées par d'autres, pour la terminer encore avec Wes Craven dans "Freddy sort de la nuit" (1994). D'ailleurs, ce réalisateur a continué à exploiter avec beaucoup de talent le filon de l'assassin en série avec "Scream" (1997), dont le héros au masque ridicule sévira trois fois en tout, ce que Craven avait prévu dès le départ. Le masque est toujours le même, mais pas l'assassin.... Les serial killer sont des prédateurs. Certains se déplacent pour exécuter leurs victimes, d'autres, comme l'araignée qui tisse sa toile, les attendent chez eux. Ce dernier cas est assez rare, mais terrifiant, car, ces gens n'ont aucun sens de l'hospitalité ! Ainsi en est-il des tueurs de"Massacre à la tronçonneuse"(1975) de Tobe Hooper. Ces gens qui travaillent dans un abattoir vous transforment en saucisses... Bel accueil, vous dis-je ! Là aussi il y a eu des séquelles, même la deuxième est de Tobe Hooper lui-même.

L'aristocratie des serial killer


Tous ces serial killer sont des grosses brutes. Mais certains sont des intellectuels brillants ! Ce fut le cas de ceux de "La Corde" d'Hitchcock. Car ils tuent gratuitement. C'est une forme d'idéologie de la bourgeoisie oisive : le crime gratuit, illustré par le film "American psycho"(1999). Le fin du fin, c'est le psychiatre serial killer. Ah ! allez-vous me dire, c'est Hannibal le cannibale du film "Le Silence des agneaux" (1990) de Jonathan Demme, excellent film... Mais il y en a eu d'autres. Par exemple, dans "Cabale" (1990) de Clive Barker, psychiatre tueur joué par David Cronenberg, et, un petit chef-d'oeuvre de Brian de Palma : "Pulsions" (1981). Parfois aussi, le tueur en série est l'écrivain, celui-là même qui met en scène les meurtres dans ses romans. Stephen King n'avait rien inventé avec son "La Part des ténèbres" (1993) mis en scène par George A. Romero puisque Dario Argento avait déjà surpris (et terrifié) le spectateur avec son écrivain tueur de "Ténèbres" (1982). Enfin, et je suis contraint de m'arrêter là pour respecter la longueur de l'article, il y a le tueur théologien, comme dans "Seven" (1995) de David Fincher. Celui-là tue pour la morale ! Un comble... On avait déjà vu un peu ce genre théologique dans le film de Larry Cohen "Démon", dans lequel le tueur en série fait faire ses meurtres par d'autres qui déclarent : "Dieu me l'a ordonné". Et quand le tueur est un curé lui-même qui veut rencontrer le diable afin d'éviter l'apocalypse ? C'est dans "Le Jour de la bête" (1995) de Julio De La Iglesia. Mais ce curé est un peu maladroit...
Le cinéma a toujours été très préoccupé d'étudier les tueurs en série. En cela, il n'a fait que traduire en images une obsession qui existe déjà chez de nombreux écrivains. Le cinéma a-t-il fait le tour de la question ? Je ne crois pas. En tous les cas, nous voilà avec un autre tueur masqué sur grand écran : "Cut"! Brrrh ! Slash ! Aïe ! Je me suis coupé le doigt avec ma feuille de papier ! Merde ! Une goutte de sang !

NOTES :
(1) Lis, lis, relis, prie, travaille et tu trouveras.
(2)"L'alchimie", Serge Hutin, PUF Que sais-je ?
(3) Antoine Laurent de Lavoisier (1743 - 1794), chimiste, découvra la nomenclature des éléments, la réalité du rôle de l'oxygène dans la combustion, et l'énoncé des lois de conservation de la masse et de l'énergie. Il fut, hélas, guillotiné par les révolutionnaires car il exerçait la fonction de Fermier général.
(4) Citation de Graham Masterton dans sa préface au roman "L'orgue de Leonardo" de Christophe Corthouts, éditions Naturellement, collection 2000.com.

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Films de tueurs en série !


 

The Lodger (1926) Alfred Hitchcok. - M. le Maudit (1931) Fritz Lang - Masques de cire (1933) Michael Curtiz - L'Ombre d'un doute (1943) Alfred Hitchcock. - Le Locataire : Jack l'Eventreur (1944) John Brahm - Le Tueur de Londres (1953) Hugo Fregonese - L'Homme au masque de cire (1953) André de Toth - Sherlock Holmes contre Jack l'Eventreur (1955) James Hill - Jack l'Eventreur (1958) Robert S. Baker et Monty Berman - Le Voyeur (1959) Michael Powel. - Psychose (1960) Alfred Hitchcock. - Six Femmes pour l'assassin (1964) Mario Bava. - La Fille qui en savait trop (1962) Mario Bava - Meurtre par procuration (1963) Freddie Francis - Onibaba (Les tueuses) (1964) Kaneto Shindo - L'Oiseau au plumage de cristal (1969) Dario Argento. - Le Chat à neuf queues (1970) Dario Argento - La Fille de Jack l'Eventreur (1971) Peter Sasdy - Quatre mouches de velours gris (1971) Dario Argento - Frenzy (1972) Alfred Hitchcock - Le Monstre est vivant (1973) Larry Cohen - Massacre à la tronçonneuse (1975) Tobe Hooper - Les Frissons de l'angoisse (1975) Dario Argento - Jack l'Eventreur (1976) Jess Franco - La Nuit des masques (Halloween) (1978) John Carpenter. - Meurtres par décret (1978) Bob Clarck - Les Monstres sont toujours vivants (1978) Larry Cohen - C'Etait demain (1979) Nicholas Meyer - Vendredi 13 (1980) Sean S. Cunnigham. - Pulsions (1981) Brian De Palma. - Halloween 2 (1983) Rick Rosenthal - Le Tueur de vendredi (1981) Steve Miner - Meurtres en trois dimensions (1982) Steve Miner - Ténèbres (1982) Dario Argento. - Massacre à la tronçonneuse 2 (1982) Tobe Hooper - L'Eventreur de New york (1982) Lucio Fulci - Les Griffes de la nuit (1984) Wes Craven. - Vendredi 13 chapitre final (1984) Joseph Zito - Vendredi 13 une nouvelle terreur (1985) Danny Steinmann - La Revanche de Freddy (1985) Jack Sholder - Jason le mort vivant (1986) Tom Mc Loughlin - Les Griffes du cauchemar (1987) Chuck Russel - La Vengeance des monstres (1987) Larry Cohen - Le Cauchemar de Freddy (1988) Renny Harlin - Vendredi 13 chapitre 7 un nouveau défi (1988) John Carl Buechler - Halloween 4 (1988) Dwight H. Little - Jeu d'enfant (1988) Tom Holland - L'Enfant du cauchemar (1989) Stephen Hopkins. - Le Silence des agneaux (1990) Jonathan Demme. - Cabale (1990) Clive Barker.- Chucky la poupée de sang 2 (1990) John Lafia - La Mort de Freddy (1991) Rachel Talalay - Chucky 3 (1991) Jack Bender - L'Ambulance (1991) Larry Cohen - Candyman (1992) Bernard Rose - Dr Rictus (1992) Manny Coto - La Part des ténèbres (1993) George Romero. - Vendredi 13 Jason en enfer (1993) Adam Marcus - Trauma (1993) Dario Argento - Freddy sort de la nuit (1994) Wes Craven - Leprechaun à Las Vegas (1995) Brian Trenchard-Smith - Candyman 2 (1995) Bill Condon - Le Syndrome de Stendhal (1996) Dario Argento - Le Masque de cire (1996) Sergio Stivaletti - Scream (1997) Wes Craven - Fantômes contre Fantômes (1997) Peter Jackson - Souviens-toi... L'été dernier (1997) Jim Gillepsie - Wishmaster (1997) Robert Kurtzman - Le Collectionneur (1997) Gary Fleder - Le Dentiste (1998) Brian Yuzna - Urban Legend (1998) Jamie Blanks - Scream 2 (1998) Wes Craven - Souviens-toi... L'été dernier 2 (1998) Danny Cannon - Halloween 20 ans après il revient (1998) Steve Miner - La Fiancée de Chucky (1998) Ronny Yu - Scream 3 (1999) Wes Craven - Le Dentiste 2 (1999) Brian Yuzna - Candyman 3 : le jour des morts (1999) Turi Meyer - Cut (1999) Kimble Rendall - American psycho (1999) - Urban legend 2 (2000) John Ottman (zut ! j'ai dû oublier de citer le premier épisode !) - The Cell (2000) Tarsem Singh
Il y aurait aussi d'autres tueurs en série à citer, non humains ceux-là : Alien, Dracula et les vampires, mais ce ne sont pas de véritables serial killer, car, contrairement à ces derniers, ceux-là ont une motivation pour tuer !

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