Du lac Léman a Port-Saint-LouisOn a construit des barrages, creusé des
canaux, bétonné ses berges. Le Rhône, c’est d’abord une voie de communication.
« Vierge de toute intervention humaine, le fleuve ne se laissait pas
utiliser si facilement », souligne l’auteur d’« Au fil du
Rhône ». On a donc construit des barrages - dix-huit hachent
aujourd’hui le fleuve -, on a creusé des canaux parallèles à son cours
naturel - au risque d’assécher son lit et de provoquer de graves
pollutions -, on a bétonné ses berges pour y installer autoroutes et
voies ferrées. Le Rhône, c’est aussi le poisson. La pêche a toujours
été une ressource en nourriture importante pour les riverains. Les
« pirates du Rhône » y trouvaient leur « fortune » :
une friture généreuse qui faisait les délices des Lyonnais. Le Rhône, c’est surtout l’eau. Une masse d’eau si
abondante, des courants si forts que certains ont imaginé le Rhône capable de
tout avaler. Aux portes sud de Lyon, l’industrie a donné le plus mauvais
exemple qui soit : un accaparement du fleuve. Utilisé comme égout, le Rhône était ravagé par
la pollution. Qui parlait écologie en 1971 ? Il y a plus de vingt
ans pourtant, Camille Vallin, maire de Givors, ancien sénateur communiste,
fonda l’Association pour la défense de la nature et la lutte contre les
pollutions de la vallée du Rhône. Quelques années plus tard, cette
association eut deux petites soeurs : l’Association sud pour les régions
proches de la Méditerranée, l’association Aevramont du lac Léman à Lyon. Si l’ouvrage d’Alain Pelosato fourmille d’informations,
de détails sur la vie quotidienne au bord du Rhône, son principal mérite est
de raconter les premiers balbutiements d’une lutte qui devait tout inventer
pour sauver le Rhône de l’asphyxie. « Nous ne disposions d’aucune information sur les
pollutions industrielles, leur nature, leurs origines. Une prospection
systématique des bords du Rhône, le recueil de toutes les informations que
les communes avaient en leur possession ont permis une première esquisse de
l’état du fleuve. Ce n’était pas brillant ! » (page 43). Plusieurs années ont été nécessaires pour « faire
le point le plus exact possible », « porter quelques estocades aux
pollueurs » et éditer, en 1981, le « Livre blanc de la pollution du
Rhône », une publication sans précédent qui recensait, entreprise par
entreprise, commune par commune, toutes les pollutions du fleuve. En vingt ans, l’association a acquis ses lettres de
noblesse. Les conclusions de son colloque de Montélimar (1980) sont, pour une
large part, reprises dans les objectifs d’action de l’Agence et du Comité de
bassin Rhône-Méditerranée-Corse. Des procès retentissants lancés à son
initiative ont imposé une législation plus stricte et plus sévère pour les
pollueurs, comme celui ouvert en 1976 contre PCUK. « Le plus important,
note Alain Pelosato, c’est que nos actions ont débouché sur une véritable
prévention. » « Quand on regarde l’évolution des pollutions dans la
vallée du Rhône depuis vingt ans, on ne peut que constater de grands
progrès », assure-t-il (page 95). (...) « Mais un long chemin reste
encore à parcourir pour un meilleur environnement dans la vallée. » L’écologie doit devenir un des critères de
gestion essentiels de la société PAS de recette miracle pour l’association qui a
participé, en 1981, à la création du Mouvement national de lutte pour
l’environnement (MNLE) et dont Alain Pelosato est l’un des secrétaires
nationaux, sinon un souci de démocratie et de transparence. « Le pouvoir
de l’homme de modifier la planète est immense et il ne cesse de grandir,
conclut Alain Pelosato. Concentré en quelques mains, ce pouvoir risque de
mettre en cause l’existence même de la Terre. Les luttes pour sauvegarder la nature sont
donc aussi des luttes pour la liberté et la démocratie. Reconquérir un environnement meilleur pour les hommes et
de meilleurs équilibres écologiques ne peut pas et ne doit pas se faire au
détriment du développement économique, du progrès scientifique et technique.
L’écologie doit être considérée, au même titre que la technologie et la formation
des hommes, comme un élément déterminant de la production moderne. Elle doit devenir un des critères de gestion essentiels
des entreprises dans laquelle les salariés ont un rôle éminent à
jouer. » Didier Berneau Dans le journal L’Humanité du 22 mai 1992 |