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Dario Argento, né en 1940.
Disciple de Mario Bava ("Le Masque du démon"(1960)
- "Hercule contre les vampires" (1961) - "Le corps
et le fouet" (1963, sous le pseudonyme de John Old) - "Les
trois visages de la peur" (1963) - "Six femmes pour
l'assassin" (1964) -...), Argento a développé le thriller italien
appelé "giallo", en référence à la couleur jaune des livres policiers
des années soixante. Pour lui, l'expressionnisme n'est pas mort, il l'a
développé à partir du regard et de l'oreille, du regard par la succession de
plans si rapprochés que l'image reste souvent partielle et des couleurs vives
qui marquent toujours l'approche de la mort, notamment la couleur jaune ; et
la musique, toujours lancinante, angoissante, voire énervante. Son œuvre est
surtout policière, mais ses chefs-d'œuvre sont du pur fantastique, comme
"Suspira" et "Inferno". Certaines situations ou actions
sont totalement invraisemblables, mais contribuent à l'angoisse de départ,
comme la scène de la plongée dans l'eau claire des étages inférieurs de la
maison, inondés (par une fuite d'eau) et renfermant un cadavre... Dans "Quatre
mouches de velours gris", en dehors d'une invraisemblable exposition de
cercueils qui sert de cadre à l'entrevue de deux personnages, l'œil d'une
victime joue un rôle déterminant. L'image de l'assassin que restitue la
rétine de la morte ne donne que quatre mouches de velours gris ! Le regard...
le regard, comme celui du détective joué par Jean-Pierre Marielle qui voit
son assassin resté hors-champ, sourit avant de mourir et dit : "J'avais
raison, j'ai réussi enfin..." C'est qu'il avait échoué dans toutes ses
enquêtes précédentes, la seule qu'il réussit le conduit à la mort. Le regard
dans " Les frissons de l'angoisse " qui confond un reflet dans le
miroir avec un tableau, le regard de la jeune anorexique de "Trauma"
qui croit (sous la pluie qui est toujours présente dans les films d'Argento)
voir la tête coupée de sa mère alors que c'est une mise en scène de cette
dernière. Couteaux vrais ou faux, cordes à piano qui décapitent, lames qui
pénètrent dans les chairs, décapitation par ascenseur... avec sa caméra,
Dario Argento braque notre regard sur le gros plan de ces blessures mortelles
infligées par l'assassin. Avec Mario Bava, Dario Argento est le véritable
inventeur de ces films d'assassins en série, thème à la mode depuis avec
"Halloween" (1978) de John Carpenter et la série des "Vendredi
13" (1980) de Sean S. Cunningham.
Dario Argento est également producteur, il a notamment produit le terrible
"Zombie, le crépuscule des morts-vivants" (1978) de George Romero
avec qui il réalisera "Deux yeux maléfiques" en 1990. Son père
Salvatore Argento a produit plusieurs de ses films.
L'Oiseau au plumage de cristal
(1969) Couleurs. Enquête d'un écrivain sur une série de meurtres. Là aussi le
regard a toute son importance.
Le Chat à neuf queues (1970)
Couleurs.
Quatre mouches de velours gris
(1971) Couleurs. Attention ! Le meurtrier est parfois à côté de vous...
Les Frissons de l'angoisse
(1975) Couleurs. Mais c'est bien sûr ! Ce n'est pas un tableau que j'ai vu
reflété dans le miroir au début du film juste après le premier meurtre...
Suspiria (1977) Couleurs.
Affreuse sorcière qui tue d'innocentes jeunes filles et un pauvre aveugle.
Inferno (1979) Couleurs.
Infernal immeuble et pauvre voleur de chats. (Les chats ont toujours beaucoup
d'importance dans l'œuvre d'Argento)
Ténèbres (1982) Couleurs.
Meurtres atroces et très saignants. Grâce au " Chien des Baskerville
" de Conan Doyle, le policier trouvera le coupable. Enfin... un
coupable. Il y a Lamberto Bava et Michele Soavi au générique. (Voir
ci-dessous)
Phenomena (1984)
Couleurs. Insectes nécrophages.
Deux yeux maléfiques
(1990) Couleurs. Réalisé avec Romero.
Trauma (1993) Couleurs.
Décapitations en série avec une arme surprenante mais moderne.
Le Syndrome de Stendhal
(1996) Couleurs. La victime tue son bourreau et finit par se confondre avec
lui. Cauchemar quand tu nous tiens...
Le Fantôme de l'Opéra
(1999) Couleurs. Une adaptation étonnante du fameux roman.
Le Sang des innocents
(2001) Couleurs. Serial killer !
Pas mal, surtout les premières scènes dans le train.
Le tueur utilise tout ce qu'il y a à portée de main de musicien pour tuer !
The
Card player
(2003) Couleurs. Serial killer !
Le tueur joue la vie de ses victimes au poker en ligne.
Argento a pris sa vitesse de croisière en faisant des films plus lissés.
C'est ce que lui reprochent ses fanatiques afficionados...
Ils ont tort !
Aimez-vous Hitchcock ?
(2001) Couleurs. Serial killer !
Un petit cours de cinéma et un traité sur la manière de filmer d'Argento.
Un film pour la télé.
Les Frissons de
l'angoisse (Dario Argento) 1975.
Dario
a pondu un très bel exercice pour "Les Frissons de l'angoisse".
Le disciple de Bava prend son autonomie artistique avec ce film. Son style
fait d'expressionnisme de couleurs, zooms et plans très brefs, gros plans
créant véritablement dans l'esprit du spectateur l'image de ce qui se passe
hors-champ, son style prendra toute son ampleur dans ses deux films plus
fantastiques "Suspiria" et "Inferno". Une comptine
glaciale s'entend alors que l'image montre un tourne-disques en gros plan,
musique obsédante qui jalonnera des meurtres sanglants. Avec ce film,
l'enfance de chaque spectateur risque de le prendre à la gorge. Effet de
miroir qui crée l'illusion chez le principal personnage. Un meurtre a été
commis dans un appartement. Il arrive sur les lieux le premier. Les murs sont
couverts de tableaux aux images terrifiantes. Plus tard, il aura le sentiment
qu'un tableau manque. Mais, à la fin du film seulement, il s'apercevra que ce
n'était pas un tableau, mais le reflet de l'assassin dans un miroir. Il
connaissait donc l'assassin dès le début, sans le savoir.
Suspiria (Dario Argento) 1977,
une
jeune fille arrive dans une école de danse. Il pleut, c'est la nuit. Au moment
où elle arrive, un jeune fille sort terrifiée. La scène suivante montre cette
dernière arrivant dans un hôtel aux couleurs rutilantes, décor
expressionniste de couleurs cher à Argento. Elle sera exécutée froidement
méthodiquement. La scène est unique, faite de gros plans. gros plan sur la
vitre sur laquelle la fille colle son visage pour tenter de voir à
l'extérieur, et elle y voit deux yeux maléfiques, gros plan sur l'avant-bras
et la main tenant le couteau qui la tue sans jamais voir le corps de l'assassin
(mais en a-t-il un ? ). A la mort de la jeune fille, pendue en haut de la
cage d'escalier, la caméra s'éloigne du sujet...
Inferno (Dario Argento) 1978,
une
belle maison en plein centre de New York renferme des secrets terrifiants.
Une femme fait tomber son trousseau de clés dans une trappe de la cave sous
laquelle de grandes pièces d'habitation sont plongées dans l'eau claire. Son
trousseau est resté accroché à un lustre du plafond qui se trouve être le
plancher sur lequel elle se trouve. L'eau affleure la trappe. Elle se penche
pour attraper l'objet et tombe à l'eau... Les clés tombent aussi. Comme elle
est déjà dans l'eau, elle nage pour les récupérer quand soudain un cadavre
tournoyant la prend dans ses bras... Terrifiée, elle remonte dans une nage
effrénée... Un vieux voisin n'aime pas les chats. Il est paralytique et
marche avec des cannes. Il réussit à attraper les chats et les met dans un
sac. Il va, péniblement, les noyer dans un rejet d'égout situé à proximité.
Il passe devant un camion pizza éclairé. Au moment de jeter le sac dans l'eau
sale il titube et tombe. Les rats sortent du tuyau d'égout par milliers et
commencent à le dévorer vivant. Il hurle au secours. Le vendeur de pizzas
accourt, un revolver à la main et tire sur... le vieillard ! La mort rôde
partout, cruelle, car la Mort habite cette maison. Terrifiant... Du Argento
flamboyant avec les couleurs expressionnistes, les gros plans qui suggèrent
tant de choses hors-champ, les rythmes et mouvements de caméra.
Ténèbres (Dario Argento) 1982,
Meurtres
en série inspirés du roman qu'un écrivain vient présenter à Rome. Comment un
objet de trucage de cinéma sert à tromper un policier, ce qui le conduira à
la mort. (On devrait interdire la vente des haches...)
Le Syndrome de Stendhal
(Dario Argento) 1996.
Génial
d'avoir passé ce film à la télévision. Bravo Canal + !
Comme d'habitude Argento dérange et angoisse. La couleur est ici utilisée
comme par un peintre qui copie des tableaux. Les autres films s'arrêtent au
moment où le tueur en série meurt. Ici, à ce moment-là, c'est un autre film
qui commence.
Alors que l'angoisse s'apaise au milieu du film, elle reprend de plus belle
et remonte dans le cœur du spectateur jusqu'à la surprise finale.
Du grand Argento, du grand expressionnisme de couleurs !
Le Fantôme de l'Opéra (Dario Argento) 1998.
"Je ne suis pas un fantôme, je suis un rat !"
affirme le fantôme à sa victime...
Un rat de l'Opéra alors ?
Voilà l'ambiguïté de ce film : parodie ou pas parodie ?
Argento a abandonné l'expressionnisme pour le baroque. Son film ressemble à
"Le Masque de cire" (1996) de Sergio Stivaletti (voir ci-dessus).
Argento avait déjà mis les rats en scène dans "Inferno". Mais là
les rats prennent forme humaine. Il y a même la grosse italienne des films de
Fellini (un hommage ?), des vers, des araignées et des chauve-souris. Les
scènes gore sont plutôt du genre comique, pleines de sens (il lui mange la
langue, il est coupé en deux, il est empalé phalliquement), gros plan sur la
plaie et... sur la luette de la Diva...
Les queues de rat sont dans des bocaux et un type construit une balayeuse à
rats.
Enfin, tout le monde sait qu'un rat est dur à tuer. Mais il suffisait
d'utiliser de la mort aux rats !
Alors, satire ou pas ?
De toute façon une manière nouvelle de traiter une histoire somme toute pas
vraiment fantastique...
Ces textes sont extraits de mon livre :
"Fantastique et science-fiction au cinéma"
Editions Naturellement
Une nouvelle édition revue et complétée
est publiée par l'éditeur "Le Manuscrit" :
"Un siècle de cinéma fantastique et de sf"
Disponible en libraire (N°ISBN : 2-7481-6072-X) et chez l'éditeur :
Un siècle de cinéma fantastique
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